Grandes manoeuvres dans le secteur de l'énergie en Allemagne

Grandes manoeuvres dans le secteur de l'énergie en Allemagne
Les cartes vont être rebattues dans le secteur de l'énergie en Allemagne avec un vaste projet d'échange d'activités et de capital entre les groupes RWE et E.ON sur fond de sortie programmée du nucléaIna Fassbender, Bernd Thissen

Les cartes vont être rebattues dans le secteur de l'énergie en Allemagne avec un vaste projet d'échange d'activités et de capital entre les groupes RWE et E.ON sur fond de sortie programmée du nucléaire dans le pays.

Cette transaction annoncée tôt dimanche matin, d'une valeur de plus de 20 milliards d'euros au total, constitue une nouvelle étape spectaculaire dans la restructuration en cours de la production, distribution et commercialisation d'électricité et de gaz dans la première économie européenne.

L'énergéticien allemand RWE a indiqué avoir conclu un accord de principe avec son concurrent national E.ON portant sur plusieurs volets, devant aboutir au final à une nouvelle répartition des rôles entre eux dans l'énergie en Allemagne et au-delà en Europe.

Le premier groupe se concentrera sur la production d'énergie, conventionnelle mais aussi et surtout renouvelable, tandis que le second donnera la priorité à la distribution d'énergie, les réseaux électriques générant déjà aujourd'hui 65% de ses bénéfices, et à sa commercialisation aux particuliers et entreprises.

Et pour sceller cette nouvelle entente, RWE va monter au capital de son ancien concurrent, désormais de facto partenaire, pour en devenir le premier actionnaire.

"Pendant des décennies E.ON et RWE ont été des rivaux acharnés, à présent ils se sont mis d'accord sur une transaction spectaculaire qui va recomposer le marché européen de l'énergie", estime le quotidien économique Handelsblatt.

Dans le détail, RWE va d'abord vendre les 76,8% qu'il détient dans sa filiale innogy à E.ON dans le cadre d'une transaction qui valorise cette société au total à quelque 22 milliards d'euros.

En contrepartie, RWE prévoit d'entrer dans le capital de E.ON à hauteur de 16,67%, via une augmentation de capital de ce dernier, selon un communiqué de RWE.

- Atome en fin de vie -

Filialisée il y a deux ans par RWE, innogy et ses 44.000 salariés regroupe les activités de production d'énergie renouvelables, ainsi que de réseaux de distribution d'énergie et de commercialisation.

En outre, E.ON prévoit de faire une offre de rachat de leurs titres aux actionnaires minoritaires d'innogy.

L'opération revient au bout du compte à un démantèlement d'innogy, dont les résultats financiers jugés décevants suite à des difficultés en Grande-Bretagne ont conduit au renvoi en décembre du PDG de l'époque, Peter Terium.

L'entreprise vient aussi de perdre son directeur financier, gravement blessé lors d'une attaque à l'acide en plein visage par deux personnes toujours pas identifiées.

L'accord annoncé dimanche prévoit que les énergies renouvelables d'innogy reviennent dans le giron de RWE - avec en plus celles d'E.ON dans ce secteur - tandis que les deux autres piliers d'innogy iront à E.ON pour renforcer son cœur de métier.

C'est ce montage qui doit aboutir à ce que RWE au final se concentre sur la production d'énergie, tandis que E.ON prenne en charge les réseaux et portefeuilles clients.

E.ON s'est déjà retiré de la production en se séparant de ses centrales à charbon et gaz regroupées désormais dans la société Uniper, contrôlée par le groupe finlandais Fortum.

RWE a indiqué dans son communiqué vouloir lui devenir "un leader européen pour les énergies renouvelables et la production d'électricité conventionnelle".

"Il est important de combiner les deux, les premières sont appelées à se développer, tandis que les secondes vont perdre du terrain", souligne à l'AFP une source proche du dossier.

Les conseils de surveillance des deux groupes doivent se réunir dimanche pour examiner le dossier et pourraient l’approuver dès lundi. Les autorités de la concurrence auront aussi leur mot à dire.

Ces grandes manœuvres sont plus largement une conséquence de la décision de l'Allemagne d’abandonneru progressivement l'énergie nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima en 2011.

L’accord montre „que les grands fournisseurs s’adaptent à la transition énergétique et façonnent de nouveaux modèles économiques“, a estimé le nouveau ministre de l‘Energie Peter Altmaier.

Il ne reste qu'une poignée de centrales à l'atome qui produisent 15% de l'électricité du pays. Plus de 30% de l'énergie provient du renouvelable et cette proportion doit atteindre en théorie 80% à l'horizon 2050. Mais aujourd'hui, le charbon continue à jouer un rôle clé.

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