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A Paris, système D et embouteillages face à la paralysie des transports

Des temps de trajet décuplés, des trottoirs bondés de flottilles de vélos et trottinettes et un concert de klaxons : après une matinée relativement calme, l'impact de la grève massive dans les transports parisiens s'est fait sentir au fil de l'après-midi dans la capitale.

"C'est une blague!", s'exclame Sarah en se prenant la tête dans les mains. Sur l'écran de la gare Saint-Lazare, son bus affiche 50 minutes de retard. "J'ai commencé mon CDD il y a seulement deux semaines. J'habite dans le 93, je vais devoir aller à la Gare du nord, puis prendre un autre bus."

Comme elle, de nombreux Franciliens ont dû s'adapter à la paralysie quasi-complète des transports parisiens, décidée par les personnels de la RATP inquiets de la réforme à venir des retraites. Seules deux lignes de métro automatisées --la 1 et la 14-- circulaient normalement.

"Au lieu de prendre la ligne 9, j'ai dû prendre le Uber et le train", soupire Solveig, 24 ans, qui dit avoir payé 13 euros pour faire un peu plus de deux kilomètres et s'attend à ce que sa course du soir soit encore plus chère. "Maintenant, je dois attendre une heure avant de commencer le travail..."

Devant la gare, Ramzi et Lamia sont partis à 15H00 pour prendre l'avion à 20H00 à Orly. "C'est la première fois que je vais prendre la ligne 14 alors on ne sait pas du tout combien de temps ça va nous prendre", dit Ramzi, pas énervé par la grève, "pour l'instant".

Deux britanniques regardent, perplexes, la carte de Paris: "On essaye d'aller au jardin des Plantes, mais c'est compliqué de comprendre quelles lignes fonctionnent. On manque d'informations en anglais", indique Tim.

Autour de la gare, c'est un concert de klaxons et la circulation est particulièrement dense. "C'est le bordel, lâche Merci Junior au volant de son taxi hybride. Y a du monde partout, on ne peut pas circuler. Mais on a plus de clients que d'habitude."

"Il y a pas de taxis ni de VTC aujourd'hui devant l'hôtel, les gens sont prêts à payer deux fois plus, surtout ceux qui ont un avion, explique Frank, voiturier à l'hôtel Hilton. "Mais personnellement je viens à vélo alors la grève peut durer trois mois ça ne me dérangera pas."

- Matinée pas si noire -

Ce matin, l'impact de la grève avait été relativement mesuré. Sur la ligne 1 du métro, l'une des rares à fonctionner, une agent RATP, croisée à la gare de Lyon, s'étonnait: "On s'attendait à voir beaucoup plus de monde". "À 08H00, il n'y avait personne. C'était vide", souligne une autre employée qui avait, elle, "galéré pour venir" prendre son poste.

Télétravail, jour de congé ou taxis: beaucoup de Franciliens avaient préféré éviter les bousculades sur les quais, paradoxalement moins bondés qu'à l'accoutumée. "Beaucoup de collègues se sont arrangés pour ne pas venir. On avait par exemple une réunion aujourd'hui mais elle a été reportée à la semaine prochaine", rapporte Gwenn, 39 ans, contrôleur de gestion, croisée à la station Bastille.

"Je suis arrivée ce matin vers 07H45 sur le quai, étonnée de voir si peu de monde. Mon train est arrivé une minute après et j'avais le choix des places, ce qui est rare en temps normal", a témoigné Bernadette, une francilienne qui prend le RER B tous les jours de la gare de Fontaine Michalon (Hauts-de-Seine) pour venir travailler dans le centre de Paris.

En revanche, à la gare du Nord, première d'Europe avec 700.000 voyageurs par jour (hors métro), les RER étaient bondés d'usagers contraints de bricoler un trajet inhabituel.

Sur la ligne 4, fermée à partir de 09H30 à la fin de l'heure de pointe, l'incompréhension et la colère dominait chez beaucoup d'usagers. "Oui je suis en colère, s'emportait un homme, vous nous faites chier avec vos retraites". "Ce n'est pas à nous qu'il faut dire ça", lui répondait un agent.

Plus tôt ce matin, à la sortie de la gare de l'Est, c'était "un peu la foire d'empoigne" selon une voyageuse, croisée dans la file d'attente des taxis, pris d'assaut.

emd-cgr-ari-alh-mlb/jt/cb

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