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Grèves au Brésil: le secteur pétrolier prend le relais des routiers

Grèves au Brésil: le secteur pétrolier prend le relais des routiers
La raffinerie Presidente Bernardes de Petrobras, en Cubatao, près de Sao Paulo, le 28 mai 2018Miguel SCHINCARIOL

Un conflit social suit l'autre au Brésil: au moment où s'essouflait une grève des transporteurs routiers, ce sont les travailleurs du secteur pétrolier qui ont cessé mercredi le travail pour 72 heures, un nouveau défi pour un gouvernement Temer très affaibli.

Le pays se relevant à peine du mouvement des routiers qui a paralysé le pays pendant plus d'une semaine, laissant notamment les stations-service à sec, le Tribunal Supérieur du Travail avait tenté tard mardi d'empêcher cette nouvelle grève, la considérant illégale et "abusive".

Mais 10.000 à 15.000 travailleurs du secteur pétrolier étaient en grève mercredi matin, bravant cette décision judiciaire qui les menaçait de lourdes amendes, a indiqué à l'AFP un porte-parole de la Fédération unitaire des pétroliers (FUP), principal syndicat du secteur.

Une dizaine de raffineries étaient affectées, selon la FUP, qui a néanmoins assuré que l'essence ne risquait pas de manquer au Brésil.

"Nous pouvons garantir qu'au cours de ces 72 heures il n'y aura pas de problème de ravitaillement, les dépôts des raffineries étant pleins en raison de la grève des routiers", explique ce syndicat dans un communiqué.

"Cette grève n'a pas pour but de porter préjudice à la société mais d'ouvrir le débat", ajoute le texte.

La FUP a souligné néanmoins que la grève entamée mercredi servait d'"avertissement", et a annoncé qu'un conflit social de plus grande ampleur et à durée indéterminée pourrait éclater à l'avenir.

Les grévistes réclament une réduction des prix des carburants et du gaz de ville, la fin de la politique de vente d'actifs de Petrobras et la démission du président de cette compagnie pétrolière publique, Pedro Parente.

"Nous sommes bien en grève. Ceux qui pensaient que nous n'allions pas lutter contre les prix abusifs des carburants se sont trompés", a affirmé sur les réseaux sociaux Tezeu Bezerra, dirigeant du syndicat Sindipetro du nord de l'Etat de Rio de Janeiro.

Mercredi matin, une centaine de manifestants défilaient devant la raffinerie de Duque de Caxias, revêtus de la traditionnelle combinaison orange des ouvriers de Petrobras avec le message "Temer dehors" inscrit sur le dos, a constaté un photographe de l'AFP.

Les grévistes s'insurgent notamment contre la nouvelle politique tarifaire de la compagnie, qui s'est alignée sur les cours internationaux depuis la fin de 2016.

"Cette politique tarifaire (...) qui a causé la hausse vertigineuse des prix des carburants est la conséquence directe du plus grand démantèlement de l'histoire de Petrobras. Les coupables de ce chaos sont Pedro Parente et le président Michel Temer", affirme la FUP.

- Lent retour à la normale -

M. Parente est arrivé à la présidence de Petrobras en 2016, avec pour mission de relancer un groupe qui accusait de fortes pertes et se trouvait au coeur d'un vaste scandale de corruption.

Il a mis en oeuvre un vaste plan de vente d'actifs pour renflouer les caisses et a suivi une politique de "transparence" en réajustant quotidiennement les prix des carburants, s'alignant sur les cours internationaux.

C'est cette politique tarifaire qui a provoqué la grève des transporteurs routiers, exaspérés par la récente hausse du prix du gazole.

Dimanche, le président Temer a cédé à l'essentiel des revendications de ces derniers, consentant notamment une forte réduction des tarifs et stipulant qu'ils ne pourraient être ajustés que mensuellement et non plus quotidiennement.

Le mouvement des transporteurs routiers s'est essoufflé ces derniers jours: l'essence commence à revenir dans les stations-service, tout comme les produits frais dans les étalages, même si le retour à la normale promet d'être long.

Les graves problèmes d'approvisionnement dans de cet immense pays où 60% du transport de marchandises s'effectue par la route ont touché de plein fouet tous les secteurs d'activité, causant des pertes colossales pour une économie qui sort tout juste d'une récession historique.

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