Guerre commerciale: les multiples fronts ouverts par les Etats-Unis

Guerre commerciale: les multiples fronts ouverts par les Etats-Unis
Donald Trump s'adresse à la presse le 8 juin 2018 à WashingtonNICHOLAS KAMM

Les Etats-Unis ont annoncé de nouveaux droits de douane sur des produits provenant de Chine, deux semaines après avoir imposé d'importantes taxes sur l'acier et l'aluminium importés de l'Union européenne, du Mexique et du Canada.

Voici un panorama des fronts ouverts par la maison Blanche.

Chine

Principal pays dans le collimateur de Washington, qui a annoncé vendredi des taxes de 25% sur 50 milliards de dollars de marchandises chinoises "contenant des technologies importantes", pour compenser ce que la Maison Blanche considère comme du vol de propriété intellectuelle.

Pékin a immédiatement répliqué en annonçant des droits de douane "identiques" et appelant les autres pays touchés à engager une "action collective".

Les Etats-Unis avaient déjà imposé unilatéralement des taxes de 25% sur leurs importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium, quelle que soit la provenance, et touchant donc également la Chine.

L'administration Trump souhaite réduire de 200 milliards de dollars son déficit commercial vis-à-vis de Pékin, actuellement de 375 milliards de dollars. Elle souhaite par ailleurs restreindre les investissements chinois aux Etats-Unis.

Union européenne

Jeans, bourbon, Harley Davidson: l'Union européenne a adopté "à l'unanimité" jeudi des mesures de rétorsion contre des dizaines de produits américains pour répliquer aux taxes instaurées par Washington sur l'acier et l'aluminium.

Cette mesure vise à compenser à hauteur de 2,8 milliards d'euros les dommages générés par les taxes américaines.

D'autres produits américains pourraient à l'avenir être également taxés par l'UE, à hauteur de 3,6 milliards d'euros, si celle-ci remporte un litige qui l'oppose aux Etats-Unis devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les Européens redoutent désormais que Washington ne mette à exécution sa menace de taxer les voitures importées, une perspective qui fait frémir la puissante industrie automobile allemande notamment.

Canada et Mexique

Après un G7 sous tension la semaine dernière, le président américain a averti que les critiques du Premier ministre canadien Justin Trudeau, qui juge "insultantes" les taxes américains sur l'acier et l'aluminium, allaient coûter "cher" au Canada.

Donald Trump a qualifié le Premier ministre canadien de "très malhonnête et faible", et déploré un "très gros déficit commercial avec le Canada", ce que réfute Ottawa. Comme l'Union européenne, le Canada a confirmé des représailles pour juillet.

Par ailleurs, les négociations entre Washington, Mexico et Ottawa pour moderniser l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena), en vigueur depuis 1994, patinent.

Au coeur des discussions: l'automobile. L'administration Trump souhaite que les voitures fabriquées au Mexique ou au Canada soient largement composées de pièces usinées aux Etats-Unis.

Elle réclame également une clause dite "crépusculaire" ("sunset clause") qui forcerait les parties à renégocier l'Alena tous les cinq ans, une proposition rejetée avec force par ses partenaires.

Suite à l'annonce de Washington sur l'acier et l'aluminium, Mexico a décidé d'imposer des taxes douanières équivalentes "sur divers produits" importés des Etats-Unis, dont certains aciers, des fruits et des fromages.

Russie

Touchée elle aussi par la hausse des taxes sur l'acier, la Russie a informé l'OMC qu'elle était prête à des mesures de représailles contre les Etats-Unis. Moscou estime le préjudice de ces taxes à 538 millions de dollars.

Les relations commerciales entre les deux pays sont marquées, au-delà de ce conflit, par les sanctions imposées par Washington contre plusieurs personnalités et entités, accusées de participer aux "attaques" de Moscou contre "les démocraties occidentales".

Iran

Washington a annoncé début mai son retrait de l'accord nucléaire iranien signé sous Barack Obama et décidé de rétablir ses sanctions à l'égard de Téhéran ainsi que de toutes les entreprises ayant des liens avec la République islamique.

Les Américains ont donné à ces dernières une période de 90 à 180 jours pour se retirer d'Iran. Le premier train de rétablissement de sanctions, fixé au 6 août, concernera l'automobile et l'aéronautique civile. Suivront le 4 novembre l'énergie et la finance.

Le groupe français Total a annoncé qu'il abandonnerait un grand projet gazier entamé en juillet 2017 en Iran à moins d'obtenir une dérogation des autorités américaines. Le constructeur PSA a lui déjà annoncé son retrait d'Iran.

Japon

Touché depuis mars par les taxes sur l'acier, le Japon a informé l'OMC de sa volonté d'instaurer, en représailles, des taxes sur des marchandises américaines à hauteur de 50 milliards de yens (385 millions d'euros).

Pour le pays, le principal sujet d'inquiétude concerne toutefois la menace de taxes sur les importations automobiles. De telles mesures "provoqueraient de sérieuses turbulences sur les marchés internationaux", a déjà averti Tokyo, dans un communiqué commun avec Bruxelles.

Corée du Sud

La Maison Blanche a annoncé le 1er mai avoir finalisé son traité de libre-échange avec Séoul, mettant un terme au conflit commercial l'opposant à la Corée du Sud.

En vertu de cet accord, Séoul accepte d'ouvrir davantage son marché automobile aux constructeurs américains. Il a par ailleurs accepté de réduire de 30% ses exportations d'acier vers les Etats-Unis.

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