En ce moment
 
 

Harcèlement sexuel: le vénérable Lloyd's of London contraint de réagir

Harcèlement sexuel: le vénérable Lloyd's of London contraint de réagir
Les employés de Lloyd's rassemblés pour une minute de silence à l'occasion du centenaire de la fin de la première guerre mondiale, le 9 novembre 2018 à LondresBen STANSALL

Le marché de l'assurance Lloyd's of London a annoncé une série de mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel quelques jours après des révélations fracassantes sur les pratiques archaïques de cette institution historique de la City.

Le Lloyd's of London a expliqué dans un communiqué diffusé mardi soir vouloir mieux identifier les faits de harcèlement et imposer de lourdes sanctions pour les comportements inappropriés.

Les personnes coupables de harcèlement pourront par exemple être bannies à vie du Lloyd's, un marché unique en son genre qui réunit quantité d'assureurs et réassureurs. Il va par ailleurs nommer deux femmes au sein de son comité en charge de nominations, pour l'instant 100% masculin.

L'institution a été contrainte de réagir une semaine après la publication par l'agence Bloomberg d'une enquête fouillée et accablante sur sa culture machiste.

Bloomberg a échangé avec 18 femmes qui décrivent une atmosphère de harcèlement permanent, allant de remarques à des gestes déplacés. "C'est un vrai marché à viande", a assuré un connaisseur de l'institution à l'agence de presse, une phrase qui a fait l'effet d'une petite bombe dans le milieu feutré du Lloyd's.

"C'était éprouvant de prendre connaissance des expériences vécues par ces femmes (...). Personne ne devrait subir de tels comportements", a sobrement reconnu John Neal, le directeur général du Lloyd's.

"Je suis heureux que le marché ait apporté son plein soutien à cette série de mesures et suis déterminé à faire en sorte que l'environnement de travail du Lloyd's soit sûr pour chacun", a-t-il ajouté.

- Départ d'Inga Beale -

La prédécesseure de M. Neal, Inga Beale, avait tenté de moderniser l'institution considérée comme poussiéreuse à certains égards. Le Lloyd's, dont les origines remontent à la fin du XVIIe siècle, n'est pas une entreprise d'assurance à proprement parler mais un marché où les professionnels du secteur nouent des affaires.

La vénérable firme emploie environ un millier de personnes dans le monde, beaucoup moins que les autres grands noms de la banque et de l'assurance, mais son prestige est immense. Son principal bâtiment aux contours futuristes, au coeur de la City de Londres, voit assureurs et courtiers échanger dans une vaste salle en vertu d'une chorégraphie immuable et bien huilée.

Première femme à avoir jamais dirigé ce marché, Mme Beale a pris de nombreuses initiatives pour encourager la promotion des femmes dans les institutions financières et avait publiquement fait état de sa bisexualité pour encourager la reconnaissance des diverses orientations sexuelles.

L'enquête de Bloomberg rapporte toutefois que Mme Beale, devenue une personnalité marquante de la City de Londres, s'est heurtée à d'innombrables résistances. Elle a quitté ses fonctions ces derniers mois.

Au-delà du Lloyd's et de la finance, quelques figures du monde des affaires ont été récemment mises en cause au Royaume-Uni pour des comportements déplacés vis-à-vis de femmes dans le sillage du mouvement #MeToo, notamment Ray Kelvin, patron de l'enseigne de prêt-à-porter Ted Baker, qui a été contraint de quitter son poste.

Sur le plan purement financier, le Lloyd's a par ailleurs fait état mercredi d'une perte avant impôt d'un milliard de livres (1,17 milliard d'euros) pour l'année 2018 - après 2 milliards de pertes en 2017.

"L'année dernière a été marquée par plusieurs importantes catastrophes naturelles, dont les ouragans Florence et Michael, le typhon Jebi au Japon et des incendies en Californie. Ces désastres ont entraîné des demandes d'indemnisations massives, qui ont coûté 2,9 milliards de livres", a expliqué le marché de l'assurance dans un communiqué distinct.

Le groupe a aussi souligné être "prêt au Brexit", via l'ouverture d'une filiale à Bruxelles "complètement opérationnelle" pour prendre en charge toutes les opérations qui ne pourraient plus être réalisées depuis Londres après la sortie britannique de l'Union européenne.

Vos commentaires