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Homéopathie, une pratique controversée

Medicaments, pharmacie, Homeopathie

L'homéopathie, qui risque de ne plus être remboursée par la Sécurité sociale après l'avis définitif, attendu cette semaine, de la Haute autorité de la santé (HAS), est la plus populaire des "médecines douces" et aussi l'une des plus polémiques.

Rappel des principes, usages et critiques qui entourent cette pratique médicale:

- Principes -

L'homéopathie est née à la fin du XVIIIe siècle des expérimentations du médecin allemand Samuel Hahnemann. Cette méthode thérapeutique repose sur trois principes:

- La similitude ("homéo" signifie "même" en grec) consiste à soigner avec des substances végétales, minérales ou animales qui provoquent des symptômes semblables à la maladie.

- Les doses infinitésimales: les substances sont diluées pour qu'elles ne soient plus toxiques. Des dilutions à 1% sont répétées plusieurs fois. Ainsi la mention "9 CH" sur un tube signifie que les dilutions à 1% ont été pratiquées neuf fois, ce qui équivaut à diluer un mètre cube d'eau dans le volume total des océans du globe.

- L'individualisation: l'homéopathie considère le patient dans son ensemble et ne se focalise pas sur les seuls symptômes.

- Usages -

Plus de la moitié des Français (58%) a déjà utilisé "plusieurs fois" des produits homéopathiques, selon un sondage Ipsos réalisé en octobre 2018 pour le compte de trois laboratoires homéopathiques.

Remboursée à hauteur de 30% (pour une partie seulement de ses produits), l'homéopathie pèse assez peu dans les dépenses de la Sécurité sociale: 126,8 millions d'euros sur un total de 19,6 milliards de médicaments remboursés en 2018, selon l'Assurance maladie.

En revanche, pour l'économie française, l'homéopathie est un secteur non négligeable avec 3.200 emplois directs et un leader mondial basé à Lyon, Boiron.

Les autorisations de mises sur le marché pour l'homéopathie ne répondent pas aux mêmes exigences que pour les médicaments classiques: pas besoin de fournir de données sur l'efficacité du produit. Mais ils doivent être suffisamment dilués pour garantir leur "innocuité".

L'homéopathie n'est pas reconnue comme une véritable spécialité médicale en France. Mais des facultés proposent aux futurs médecins ou professionnels de santé des formations validées par des "diplômes universitaires".

Selon le Syndicat national des médecins homéopathes français (Snmhf), 5.000 médecins homéopathes exerçaient dans le pays en 2016. D'après Boiron, 20.000 des 100.000 généralistes prescrivent régulièrement des granules homéopathiques.

Ailleurs en Europe, le statut de l'homéopathie varie grandement: très pratiquée et remboursée en Allemagne, l'homéopathie est pratiquement absente du NHS, le système public de santé britannique, qui a recommandé en 2017 à ses médecins de cesser de la prescrire.

Peu répandue et en perte de vitesse en Espagne, l'homéopathie a été fortement critiquée par Madrid qui a mis en place en novembre 2018 un plan de lutte contre les "pseudothérapies".

- Critiques -

En France, les prises de position de médecins contre l'homéopathie se sont multipliées. Le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) a appelé en janvier 2019 à l'arrêt du remboursement de l'homéopathie qualifiée de "méthode ésotérique". Les Académies de médecine et de pharmacie ont lancé, en mars, un appel similaire.

L'association des Académies des sciences européennes (EASAC) avait souligné en septembre 2017 qu'il n'existait "aucune preuve, scientifiquement établie et reproductible, de l'efficacité des produits homéopathiques, même s'il y a parfois un effet placebo." L'homéopathie peut même "avoir un effet nocif en retardant la consultation d'un médecin", selon l'EASAC.

Plus nuancé, l'ancien responsable des autorisations de mise sur le marché à l'Agence française du médicament, le Pr Jean-François Bergmann, reconnaît à cette discipline l'efficacité d'un placebo "magnifié" par la confiance du patient en son médecin homéopathe.

Ce chef de service à l'hôpital Lariboisière (Paris) "n'accorde pas la moindre propriété pharmacologique à l'homéopathie" mais juge qu'il ne serait "pas rationnel de ne pas prendre en compte l'irrationnel chez l'homme" dans l'ouvrage collectif "La vérité sur vos médicaments".

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