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Mauvaise passe pour La Grande Récré, qui ferme 20% de ses magasins en France

Consommation

L'enseigne de jouets La Grande Récré a annoncé vendredi la fermeture de 20% de ses magasins en France, confirmant la fragilité d'un secteur en pleine restructuration et présageant un Noël compliqué, selon les professionnels.

Propriétaire de la marque, le groupe français Ludendo avait été placé en redressement judiciaire à la mi-mars en raison de difficultés commerciales et financières.

Sa dette, de l'ordre de 150 millions d'euros, va être échelonnée sur dix ans. Sa période d'observation de six mois, décidée en mars par le tribunal de commerce, a été maintenue lors d'une audience intermédiaire le 14 mai.

"On a fait le calcul des magasins qui sont peu, voire très peu, rentables et ceux qui ne sont pas rentables du tout. On va progressivement mais rapidement fermer, à partir du mois prochain, 53 magasins en France", soit 20% du réseau de son enseigne-phare, a annoncé vendredi un porte-parole de Ludendo à l'AFP, confirmant une information du Figaro.

Selon cette même source, "une quarantaine d'emplois" seront supprimés au siège de Ludendo, mais le nombre total de postes directement concernés n'est pas encore dévoilé.

Au total 199 magasins, dont 88 franchises, resteront ouverts après ce plan.

- Rentabilité en berne -

Fondé en 1977 par Maurice Grunberg, Ludendo, numéro 2 en France derrière Toys'R'Us, est spécialisé dans le commerce des jeux, des jouets, de la fête et des loisirs pour l'enfant et la famille.

Avec un chiffre d'affaires sous enseignes de 460 millions d'euros en 2017, il compte parmi les grands du jouet en Europe, avec près de 400 magasins dans le monde, 2.500 collaborateurs directs et 100 franchisés.

Mais Ludendo, détenu à 62% par la holding familiale, peine à redresser sa rentabilité depuis plusieurs années.

Fin 2015, déjà, le groupe, après avoir cédé son enseigne Hamleys, avait été placé en procédure de sauvegarde financière accélérée afin de régler un litige avec un de ses créanciers.

Il en était sorti en février 2016, avec un nouveau plan de financement à horizon 2020 et une dette allégée, doublé d'un processus de fermeture d'une cinquantaine de magasins et le transfert de certaines succursales en franchises.

Début décembre, son président, Jean-Michel Grunberg, avait annoncé qu'il avait décidé d'ouvrir son capital "afin de trouver un nouvel actionnaire majoritaire".

L'annonce de la fermeture d'une cinquantaine de ses magasins, quoique prévisible, n'est pas une bonne nouvelle pour un secteur fragilisé par la montée en puissance du commerce en ligne.

- Chute des ventes en magasins -

Selon Frédérique Tutt, experte du secteur au sein du cabinet NPD, le poids du commerce en ligne sur les ventes totales de jouets était de 29% en 2017, en hausse de 14%.

"Les +pure players+ (Amazon, Cdiscount) sont passés de 13% de parts de marché en 2014 à 19% en 2017", rognant sur celles des spécialistes (40% en 2017, contre 44% en 2014) et de la grande distribution (32% contre 34%), a-t-elle précisé à l'AFP.

Ces bouleversements dans le secteur du jouet français, qui a réalisé en 2017 un chiffre d'affaires de 3,4 milliards d'euros, en léger repli (- 0,8%), laissent présager une saison de Noël difficile, prédit un de ses acteurs.

En effet, c'est en ce moment, avant l'été, qu'elle se prépare, que les salons professionnels se tiennent, que les industriels présentent leurs nouveautés, que les commandes aux fournisseurs sont prises et les catalogues de Noël finalisés.

Or, le mois de décembre représente la moitié du chiffre d'affaires annuel des distributeurs de jouet.

Avec des ventes en magasins qui reculent globalement de 5% selon Mme Tutt, elle s'interroge sur l'impact de ces fermetures sur la filière en France.

D'autant que la filiale française de Toys'R'Us cherche un repreneur depuis l'annonce mi-mars de la liquidation des magasins du géant américain aux Etats-Unis.

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