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Kenya: la justice bloque un projet controversé de centrale à charbon

Chine

Le Tribunal national kényan de l'Environnement a ordonné mercredi la suspension du projet controversé de construction d'une centrale de production électrique à charbon sur l'archipel de Lamu, au Kenya, un site paradisiaque inscrit par l'Unesco au patrimoine mondial.

Le juge Mohammed Balala a "annulé" une précédente décision de justice accordant une licence à la co-entreprise Amu Power, qui doit opérer cette centrale d'un coût de deux milliards d'euros, quasiment intégralement financé par la Chine, et dont la construction n'a pas encore commencé.

Le magistrat a ordonné que soit à nouveau réalisée l'étude d'impact sur l'environnement de ce qui doit devenir la première centrale au charbon d'Afrique de l'Est, projet qui patine depuis plusieurs années face à la résistance des défenseurs de l'environnement et des communautés locales.

Il a également estimé que les consultations publiques, notamment auprès des communautés locales, n'avaient pas été menées adéquatement.

Les militants hostiles au projet ont laissé éclater leur joie et se sont étreints une fois la décision rendue. "C'est une grande victoire, c'est un grand jour pour les gens de Lamu, c'est un grand jour pour le Kenya, pour l'Afrique et pour le monde", s'est exclamé Mohamed Athman, membre de l'organisation Save Lamu.

Omar Elmawi, de l'organisation kényane DeCOALonize, qui milite contre l'énergie au charbon, a lui estimé qu'"enfin, les droits des habitants de Lamu et des Kényans ont été confirmés". "Nous maintenons qu'il n'y a pas de place au Kenya pour l'énergie au charbon, et que l'énergie renouvelable est le seul avenir possible".

"Amu Power a pris note des préoccupations soulevées dans le jugement et a pour ambition de travailler avec toutes les parties prenantes afin que toutes les questions soient résolues", a réagi Cyrus Kirima, directeur exécutif d'Amu Power

Cette joint-venture entre une entreprise kényane et la société omanaise Gulf Energy n'a toutefois pas indiqué si elle compte interjeter appel de la décision. Elle dispose d'un délai de 30 jours pour le faire.

- Dette kényane -

Le gouvernement kényan assure que la construction de cette centrale d'une capacité de 981 mégawatts, qui doit brûler du charbon importé d'Afrique du Sud, est nécessaire à la croissance économique de cette partie du pays, et met en avant l'utilisation de telles centrales dans des pays très développés.

En amont du jugement, le ministre de l'Energie Charles Keter avait assuré qu'"il y a de l'énergie au charbon propre de nos jours, c'est comme l'énergie nucléaire, la technologie a été améliorée", et noté que certains pays occidentaux incluent le charbon dans leur mix énergétique.

Mais les détracteurs du projet dénoncent une décision à contre-courant des efforts mondiaux en faveur des énergies renouvelables. D'autant que le Kenya fait figure de leader dans ce domaine, ses besoins électriques étant majoritairement fournis par l'hydroélectrique, la géothermie et l'éolien.

L'association Greenpeace assure que la centrale à charbon va accroître la pollution de l'air et provoquer des pluies acides, tandis que les pompes utilisées pour son système de refroidissement auront un impact négatif sur la faune et les coraux.

Le comité de l'Unesco pour le patrimoine mondial, qui doit se réunir en juillet en Azerbaïdjan, a appelé à l'arrêt du projet, alors que des doutes ont été émis sur le coût de l'électricité, qui pourrait selon certains être jusqu'à 10 fois plus important que prévu en raison des prix du charbon et d'anticipations de production trop optimistes.

D'autres experts ont par ailleurs mis en garde contre les effets d'un projet aussi coûteux sur la dette kényane, déjà gonflée par la construction d'une ligne ferroviaire reliant la ville portuaire de Mombasa à la capitale Nairobi, également financée par la Chine.

La centrale fait partie d'un projet de développement beaucoup plus important qui prévoit la construction d'un port, d'axes routiers et d'un oléoduc destinés principalement à transporter le pétrole brut sud-soudanais et faciliter l'approvisionnement en marchandises de l'Ethiopie.

Le projet, baptisé Lapsset (acronyme anglais de Couloir de transport Ethiopie-Soudan du Sud-Port de Lamu) et destiné à développer le nord-est du pays et à désengorger le port de Mombasa plus au sud, est en cours de travaux. La construction d'un des quais du futur port est quasiment terminée.

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