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L'enseigne Sears, inventrice de la vente par correspondance, est en faillite

C'est le crépuscule d'une icône ayant inventé il y a plus d'un siècle le concept de vendre tout à tout le monde. L'enseigne Sears s'est déclarée lundi en faillite, victime du commerce en ligne et de ses propres erreurs.

L'entreprise, née en 1893, a créé la vente par correspondance. Son catalogue, qui atteignait le millier de pages, proposait vêtements, chaussures, équipements ménagers et même des produits dérivés de la cocaïne et de l'opium et des maisons préfabriquées.

Elle est devenue la première chaîne de magasins de l'après-guerre, faisant son entrée en 1924 dans le très sélectif Dow Jones, l'indice vedette de Wall Street.

Mais Sears a cédé dans les années 80 les rênes de l'innovation à Walmart et à Home Depot et n'a jamais su s'adapter à la concurrence du commerce en ligne, et notamment d'Amazon, et au changement des habitudes de consommation.

La chaîne de magasins, dont le déclin coïncide également avec la chute de la fréquentation des centres commerciaux aux Etats-Unis, n'a pas non plus su séduire les Millennials (17-35 ans) qui effectuent la plupart du temps leurs achats sur leur smartphone.

"Il y a une multitude de facteurs qui ont contribué à la chute de Sears mais le plus important est l'échec du management à comprendre la distribution et à faire évoluer Sears pour l'adapter au changement", estime Neil Saunders, expert au cabinet GlobalData Retail.

Depuis 2004, Sears est dirigée par le financier et ancien banquier de Goldman Sachs, Eddie Lampert, premier actionnaire ayant racheté un an plus tôt l'enseigne Kmart à peine sortie de la banqueroute.

M. Lampert, qui s'est entouré au conseil d'administration de financiers dont Steven Mnuchin, l'actuel secrétaire au Trésor également son colocataire à l'université de Yale, a mis en place une stratégie destinée à scinder l'entreprise en plusieurs entités.

Cette stratégie consistait à vendre des marques emblématiques et rentables, comme Lands' End, à des sociétés dans lesquelles son propre fonds d'investissement, ESL, détenait des participations.

En 2015, il a par exemple vendu 250 magasins rentables à la société Seritage, dont son fonds est actionnaire, et est en train de négocier le rachat par son fonds de la populaire marque de produits blancs et gris Kenmore.

L'objectif, selon lui, est de récupérer le produit de ces cessions pour investir dans le commerce en ligne.

- Pertes abyssales -

Depuis 2011, Sears a perdu environ 11 milliards de dollars et les rayons sont à moitié vides malgré des promotions géantes.

L'action, qui avait atteint 120 dollars en 2007 ne valait plus que 0,41 dollar vendredi.

Il y a une décennie, l'entreprise employait un peu plus de 300.000 personnes, aujourd'hui il n'y a plus que 68.000 personnes travaillant pour Sears et Kmart.

En 2010, dernière année bénéficiaire, Sears comptait encore 3.500 magasins physiques, aujourd'hui il n'en reste plus que 700.

En se plaçant sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, Sears espère réduire son énorme dette et opérer au moins pendant les fêtes de fin d'année.

La chaîne espère obtenir un crédit de 300 millions de dollars des banques pour payer les salaires de ses employés.

- Fermeture de 142 magasins supplémentaires -

Elle pourrait ne pas être en mesure de rembourser une échéance imminente de 134 millions de dollars et va fermer 142 magasins supplémentaires cette année.

Fondée après la guerre civile, Sears, sous le nom Roebuck & Company, s'est construit sur un catalogue qui vendait au départ des montres aux agents ferroviaires avant d'écouler aux Américains les derniers articles à la mode.

L'enseigne se développe en ouvrant des supermarchés dans le pays, accompagnant les besoins de la classe moyenne après la Seconde guerre mondiale. On y va par exemple pour se faire tirer le portrait.

En plein succès dans les années 60-70, Sears décide de partager les bénéfices avec ses employés et propose des actions aussi bien aux caissières qu'aux dirigeants.

La banqueroute fait planer des incertitudes sur les retraites et les assurances-vie accordées à ses employés passés et présents.

La réorganisation annoncée lundi ne sera pas facile, s'accordent les experts car Sears est un "nain" dans le commerce en ligne et faire revenir les consommateurs va exiger des milliards de dollars d'investissements pour moderniser les magasins.

En outre, les acteurs traditionnels de la distribution peinent. En mars, un autre géant américain du commerce, Toys'R'Us, enseigne spécialisée dans la vente de jouets, avait annoncé chercher un repreneur, après avoir liquidé 735 magasins aux Etats-Unis. La société française Jellej a été choisie le 8 octobre pour en reprendre la filiale hexagonale.

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