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L'idée de la relance budgétaire ravivée par les taux bas

Une relance budgétaire sur fond de taux historiquement bas est-elle pertinente aujourd'hui en France? La question divise les économistes au moment où Emmanuel Macron veut profiter du G7 pour pousser l'Allemagne à soutenir davantage sa croissance.

La première économie de la zone euro a enregistré une croissance négative au deuxième trimestre et tombera en récession si la tendance, comme c'est probable, se poursuit au troisième.

Dans le même temps, la majorité des économistes prédisent une récession aux Etats-Unis en 2020 ou 2021, et la croissance faiblit en Chine, tandis que les deux premières économies de la planète sont engagées dans un bras de fer commercial dont la fin n'est pas en vue.

Or, pour soutenir la conjoncture, les banques centrales, dont les taux d'intérêt sont déjà quasi nuls, voire souvent négatifs, n'ont plus beaucoup de munitions.

"La BCE fera probablement des gestes en septembre, peut-être encore une baisse des taux, ou probablement une reprise de ses achats d'actifs", estime Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII).

Mais "il y a assez peu de marges de manoeuvre et la politique monétaire est déjà tellement accommodante qu'on ne peut pas attendre de son assouplissement un effet très important sur l'activité", selon lui.

Pour Bercy, la France n'est toutefois pas en position de laisser filer un déficit public qui frôle les 100% du Produit intérieur brut.

Et ce malgré la baisse des taux d'intérêt --ils sont même passés en territoire négatif pour certaines maturités-- qui va alléger la charge de la dette publique de deux milliards d'euros cette année, selon le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin.

"Nous n'emprunterons pas davantage, car tout emprunt doit à un moment être remboursé", a-t-il tweeté mercredi, jugeant "impératif de poursuivre notre sérieux budgétaire".

- des taux bas partis pour durer -

Cela n'a pas empêché Emmanuel Macron de mettre le sujet sur la table du sommet du G7 à Biarritz ce weekend. "On doit se poser la question, pour les pays qui en ont la capacité, de la pertinence d'une relance budgétaire, c'est un sujet qui est posé à l'Europe, à la France (...), à l'Allemagne, et d'autres pays, nous avons ici une interrogation profonde", a déclaré à la presse le président de la République.

"Les décisions françaises doivent être lues dans un contexte européen parce qu'on est dans une zone de monnaie unique et de coordination des politiques économiques", a décrypté pour l'AFP Sébastien Jean.

Selon lui, "on est pas dans une récession ou dans une crise en France même, donc ce n'est pas le moment d'utiliser des marges de manoeuvre qu'on pourrait avoir".

"La priorité doit être la relance de l'investissement public, notamment en Allemagne, qui a des marges de manoeuvre importantes et une évolution de l'activité alarmante", souligne M. Jean.

Mais pour Philippe Légé, maître de conférences à l'université de Picardie, la France aussi doit mener une politique de relance budgétaire.

"Les justifications sont peut-être différentes en Allemagne et en France: outre-Rhin, il y a la nécessité du fait de l'atonie de la demande intérieure, il y a un excédent commercial; en France c'est plutôt le fait que l'économie n'est pas au plein emploi", explique cet économiste. Car "même si le gouvernement s'est félicité de la baisse du taux de chômage, en termes de créations d'emplois, cela reste assez faible".

Pour cet universitaire, "les règles budgétaires européennes ont été enfreintes par le passé et n'ont pas de pertinence économique en tant que telles".

D'autant que nombre d'économistes sont d'avis que les taux vont rester durablement bas, à l'instar de l'ancien chef économiste du FMI Olivier Blanchard.

"L'hypothèse de travail doit être que les taux vont rester bas pendant une décennie ou plus. Dans beaucoup de pays, les gouvernements peuvent emprunter aujourd'hui à un taux proche de zéro sur 30 ans. C'est un phénomène lourd, qui va durer", avait déclaré M. Blanchard aux Echos début juillet.

Dans ces conditions, "il faut être prêt à des dépenses supplémentaires si elles sont justifiées, par exemple pour certaines formes d'investissement public", avait-il ajouté.

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