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L'Italie calme le jeu avec Bruxelles, en réduisant son déficit

L'Italie calme le jeu avec Bruxelles, en réduisant son déficit
Le Premier ministre italien Giuseppe Conte arrive au sommet de Bruxelles, le 2 juillet 2019Bertrand GUAY
Italie

Le gouvernement italien a calmé le jeu avec Bruxelles en annonçant mardi que le déficit public du pays ne dépasserait finalement pas 2,04% du PIB en 2019, un objectif qui a beaucoup varié mais devrait lui permettre, s'il est respecté, d'échapper à des sanctions.

La Commission européenne demande au gouvernement italien de réduire nettement son déficit public, bien en-deçà de la limite fixée à 3% du PIB. L'enjeu: réduire sa dette publique (2.300 milliards d'euros) qui devrait atteindre 133,7% du PIB en 2019 et 135,7% en 2020, bien au-delà du seuil de 60% fixé par les règles européennes.

L'an passé, la coalition populiste au pouvoir à Rome depuis le 1er juin 2018 avait bâti son budget pour 2019 sur une hypothèse de déficit de 2,4%. Inacceptable pour Bruxelles, qui avait contraint le gouvernement à revoir sa copie: en décembre, celui-ci avait finalement accepté d'abaisser son déficit à 2,04%, parvenant ainsi un accord avec la Commission.

Mais, en mars, invoquant une dégradation de la conjoncture, la coalition avait de nouveau hissé son objectif à 2,4%, ce qui avait déclenché de nouvelles tensions avec l'exécutif européen.

Cette fois, "nous sommes en ligne avec les prévisions que nous avions anticipées. Vous vous rappelez des fameux 2,04% pour 2019 ? Eh bien nous sommes parfaitement en ligne", a déclaré mardi à la presse le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, en marge d'un sommet européen à Bruxelles.

La Commission européenne, qui estimait qu'avec les mesures annoncées le déficit italien atteindrait en réalité 2,5%, avait ouvert début juin la voie à des sanctions financières contre l'Italie en estimant qu'une procédure disciplinaire était "justifiée" à cause de sa dette colossale.

Une telle procédure disciplinaire n'est cependant effective qu'après l'approbation des autres Etats membres et il est probable que Bruxelles y renonce désormais.

- Recettes supplémentaires -

Lundi soir, le conseil des ministres italien a "mis à jour" le budget 2019.

Selon un communiqué du ministère des Finances, l'Etat bénéficiera de ressources supplémentaires de 6,24 milliards d'euros par rapport à ce qui était anticipé, grâce notamment au redressement fiscal de 1,25 milliard d'euros infligé au groupe français Kering concernant sa marque Gucci.

En outre, 1,5 milliard d'euros prévus pour le revenu de citoyenneté et le dispositif de départs anticipés en retraite sont gelés, en raison de demandes moins fortes qu'anticipé.

Au total, le déficit public sera donc réduit de 7,6 milliards.

Le ministère italien des Finances a vanté un budget "parfaitement respectueux des règles du Pacte de stabilité et de croissance". Et rendant caduc le "lancement d'une procédure d'infraction pour déficit excessif vis-à-vis de l'Italie".

Le chef du gouvernement de son côté s'est défendu de "couper dans les dépenses sociales ou autres: ce sont des recettes supplémentaires" qui ont permis cette réduction car, pour certains postes, "nous avions fait des estimations prudentes".

- Non à l'austérité -

La coalition, formée de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), estime nécessaire une politique expansionniste pour favoriser la croissance et l'emploi.

M. Conte avait souligné le 20 juin que son gouvernement respecterait les règles européennes, tout en plaidant pour leur changement.

"L'équilibre des comptes publics (...) ne peut constituer l'unique paramètre de référence de la politique économique et sociale", avait-il affirmé, en soulignant que la société civile montrait "des signes croissants de souffrance" à cause des "politiques d'austérité mises en place cette dernière décennie".

Lundi, une bonne nouvelle est venue conforter l'exécutif: le taux de chômage est passé sous la barre symbolique des 10% en mai (à 9,9%), une première depuis février 2012.

Les nuages sur l'économie de la péninsule restent néanmoins nombreux. Le pays, troisième économie de la zone euro, ne devrait en effet connaître qu'une très faible croissance cette année, de l'ordre de 0,1% selon la Commission, soit la plus faible de la zone euro.

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