L214: des images choc pour alerter sur la souffrance animale

L214: des images choc pour alerter sur la souffrance animale
Les fondateurs de L214 Brigitte Gothière et Sébastien Arsac à Lyon, le 1er mars 2016JEFF PACHOUD
alimentation

Poussins broyés vivants, moutons écartelés, bovins saignés à vif: l'association L214 s'est fait connaître en diffusant des images choc tournées en cachette dans des élevages ou abattoirs, et en organisant des campagnes contre l'exploitation animale.

Une vidéo de L214 est à l'origine du procès du directeur et de trois employés de l'abattoir municipal de Mauléon (Pyrénées-Atlantiques) qui débute lundi à Pau.

- Article L214 -

Son nom fait référence à l'article L214 du code rural qui dispose que "tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce".

L214 est adepte des campagnes chocs et des images "volées" par des militants infiltrés, tout comme son aînée Peta (People for the ethical treatment of animals) qui s'est fait connaître au début des années 80 aux États-Unis en dénonçant des traitements cruels envers des singes dans un laboratoire du Maryland.

- Fondée par deux "végans" -

Fondée en 2008 par Brigitte Gothière et Sébastien Arsac, deux militants "végans", l'association "L214 Éthique & Animaux" (de son nom complet) veut "démontrer l'impact négatif de la consommation de produits animaux" et "nourrir le débat public sur la condition animale".

L'association qui compte une quarantaine de salariés et un noyau dur d'une dizaine de bénévoles, s'inscrit dans le mouvement "antispécisme" qui refuse la hiérarchisation entre espèces et la justification par l'homme de l'exploitation animale par sa prétendue supériorité sur les autres êtres vivants.

- Images choquantes -

Depuis 2008, l'association a mis en ligne des dizaines de vidéos d'élevages et d'abattoirs. Rappel de quelques diffusions marquantes:

- Novembre 2014 : des poussins broyés vivants dans un couvoir à Saint-Hernin (Finistère).

- Octobre 2015: un cheval apeuré frappé avec un aiguillon électrique, des bovins et moutons reprenant connaissance alors qu'ils sont saignés à l'abattoir municipal d'Alès (Gard) qui fermera temporairement.

- Février 2016: des agneaux jetés violemment contre des barrières à l'abattoir certifié bio au Vigan (Gard) qui fermera temporairement.

- Mars 2016: un agneau écartelé vivant à l'abattoir intercommunal de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques) qui fermera temporairement. Une inspection des abattoirs en France et un plan pour le bien-être animal seront annoncés, peu après par le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll.

- Mai 2016: des poules pondeuses déplumées, couvertes de poux dans un élevage intensif à Chaleins (Ain) qui fermera définitivement.

- Juin 2017: des porcs agonisant lors de leur asphyxie au gaz CO2 à l'abattoir de Houdan (Yvelines).

- Mai 2018: des poules pondeuses côtoyant des cadavres fossilisés de volatiles dans un élevage des Côtes-d'Armor. La vidéo est diffusée juste avant l'examen parlementaire du projet de loi agriculture et alimentation.

- Actions en justice et pétitions -

L214 a mené plusieurs actions en justice contre des abattoirs ou élevages pour mauvais traitements ou actes de cruauté envers animaux.

L'association a aussi lancé de nombreuses pétitions et campagnes: contre l'abattage sans étourdissement préalable, contre l'abattage des vaches qui attendent des petits, contre le gazage des cochons au CO2, pour l'interdiction de tout élevage en batterie pour les poules pondeuses d'ici 2025.

Elle a été visée par des actions en justice de propriétaires d'abattoirs et d'élevages. En octobre 2017, deux militants qui s'étaient introduits dans l'abattoir de Houdan ont été condamnés à une amende de 6.000 euros, dont 5.000 avec sursis, pour "violation de domicile".

- Éleveurs critiques -

La filière viande et les syndicats agricoles sont les principaux détracteurs de L214. Ils critiquent ses méthodes de communication et sa virulence.

Patronne de la FNSEA et éleveuse de porcs dans le Maine-et-Loire, Christiane Lambert lui reproche ses "montages" vidéo qui "ne montrent que ce qui ne va pas" et son attitude "stigmatisante" vis-à-vis d'éleveurs déjà sous forte pression.

Etienne Gangneron, vice-président de la FNSEA dénonce l'utilisation de people dans les vidéos de L214, comme les actrices Sophie Marceau et Pamela Anderson.

Porte-parole de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel critique, lui, une association "enfermée dans une idéologie complètement déconnectée" de la réalité des éleveurs.

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