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La Bourse de Shanghai au tapis sur fond de guerre commerciale

La Bourse de Shanghai au tapis sur fond de guerre commerciale
Des tableaux d'indices boursiers, le 30 mai 2018 à ShanghaiJohannes EISELE
Chine

Dégringolant sur fond de guerre commerciale sino-américaine, la Bourse de Shanghai affiche la pire performance des grandes places mondiales cette année, au point d'apparaître désormais sous-évaluée.

L'indice composite de la première place chinoise s'est effondré de 19% depuis début 2018. Le marché tutoie son plus bas niveau depuis presque quatre ans... en dépit d'une croissance économique relativement solide en Chine, à quelque 6%.

La Bourse de Shanghai souffre du conflit commercial auquel se livrent depuis trois mois Pékin et Washington à coups de droits de douane punitifs.

Le moral des investisseurs s'est assombri, le cours du yuan a décroché et le volume des transactions en Bourse a nettement fondu.

Cela n'a pas échappé au président américain Donald Trump: "Nous ne sommes sous aucune pression pour négocier", car, à l'heure où Wall Street enchaîne les sommets inédits, "nos marchés s'envolent tandis que les marchés (chinois) s'effondrent", a-t-il tweeté jeudi.

Résultat: à Shanghai, la valeur des actions par rapport aux bénéfices des entreprises cotées est devenue la plus attractive depuis des années. Du coup, est-ce le bon moment d'y investir à moindre coût? Pas si vite, selon courtiers et analystes.

Le conflit commercial sino-américain pourrait s'exacerber dans les prochains jours avec l'adoption attendue par Washington d'une nouvelle salve de droits de douane sur 200 milliards de dollars de biens chinois.

L'économie du géant asiatique s'essouffle, les investissements marquent le pas et les efforts de désendettement de Pékin, via un durcissement du crédit, assèchent les liquidités disponibles et pénalisant l'activité.

Attentistes, les investisseurs sont "comme des lions tapis dans l'herbe", guettant le rebond à venir, observe Zhang Qun, expert marchés du courtier Citic Securities. "Si on se fie aux données historiques, les valorisations actuelles sont assurément appropriées (pour passer à l'achat). Mais elles pourraient rester très bas pour encore un moment".

- Maigres échanges-

Hantées par le spectre du krach chinois de l'été 2015, les autorités communistes s'emploient à rassurer tous azimuts sur la santé des marchés, à l'unisson des médias étatiques.

Les rachats d'actions engagés par de grands groupes --qui jugent leur titre sous-évalué par rapport à leur potentiel économique-- contribue à alimenter la perspective d'un rebond, selon des courtiers interrogés par l'AFP.

Mais les investisseurs restent circonspects: le faible volume d'échanges quotidiens a atteint il y a deux semaines son plus bas niveau depuis deux ans.

Le contraste est frappant avec l'euphorie de 2017, quand le gouvernement s'alarmait de l'envolée des cours et que l'optimisme général était dopé par l'intégration d'actions chinoises aux indices boursiers internationaux MSCI.

Pékin encourageait alors les grands groupes technologiques nationaux à se coter en Chine continentale, plutôt qu'à Wall Street. Mais le revirement de 2018 ne vient pas de nulle part, rappelle Brock Silvers, directeur du cabinet Kaiyuan Capital à Shanghai.

"L'économie ralentit, les investissements étrangers diminuent, le crédit est grippé, la guerre commerciale gronde, le yuan s'affaiblit et les taux d'intérêt dans le monde se renchérissent" à la suite des taux américains, énumère-t-il. "Cela laisse peu d'espoir de retrouver une dynamique positive, jusqu'à un redémarrage de l'économie ou à une véritable trêve commerciale".

- 'Absurdité' -

En 2015, quand la Bourse de Shanghai avait plongé de 40% en quelques semaines, les autorités s'étaient résolues à intervenir, à coups de durcissements réglementaires et de rachats de titres, pour enrayer la débâcle.

Depuis, les montagnes russes si décriées des Bourses chinoises, souvent taxées de "casinos", se sont modérées, les maisons de courtage et fonds d'investissement adossés à l'Etat intervenant pour contrer la volatilité.

Mais le contrôle de l'Etat a ses limites: difficile d'injecter indirectement des fonds dans la Bourse à l'heure où les autorités s'efforcent de contenir le gonflement de la colossale dette chinoise.

"Pékin a ses méthodes pour freiner le recul boursier, mais c'est bien plus difficile de provoquer un rebond", insiste M. Silvers. "Le soleil brillera de nouveau sur les marchés chinois, mais la nuit n'est pas terminée".

Pas de quoi rasséréner Mme Zhou, une retraitée de 65 ans, les yeux rivés sur le tableau des cotations dans une salle de courtage.

"Le marché s'est tellement effondré, alors que les médias continuent de vanter la solidité de l'économie chinoise, quelle absurdité!", fulmine-t-elle.

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