La communauté internationale se mobilise pour l'économie libanaise

La communauté internationale se mobilise pour l'économie libanaise
Le Premier ministre Libanais Saad Hariri, le 15 mars 2018 lors d'une conférence de presse à RomeAndreas SOLARO

La communauté internationale va valider vendredi un plan d'investissements de 10 milliards de dollars au Liban, assorti de premiers financements, afin de sortir le pays de l'ornière et d'éviter qu'il ne soit happé dans la spirale des crises régionales.

Quarante-et-un Etats et une dizaine d'organisations internationales (FMI, Banque Mondiale, OCDE, BERD...) se réuniront à Paris sous la présidence du Premier ministre libanais Saad Hariri et de la France, à un mois des élections législatives au Liban.

Cette "Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises" (CEDRE) sera ouverte par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et clôturée par le président Emmanuel Macron.

La France, allié historique du Liban depuis le mandat français (1920-1946), s'est fortement engagée en faveur de ce pays, malmené par des années de crise politique, une économie affaiblie, et les menaces d'extension du conflit syrien, au côté de la communauté internationale.

"Ce soutien est un moyen de construire des digues entre le Liban et un environnement régional troublé, à un moment de grande incertitude politique", relève-t-on dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian.

A la conférence du CEDRE, les participants vont "se mettre d'accord sur un plan d'investissements, notamment dans les domaines essentiels pour les services à la population" et celui du développement durable", a indiqué l'Elysée.

- L'Etat, pas le Hezbollah -

Ce plan, bâti par les autorités libanaises, vise à moderniser les infrastructures du pays, qui connaît d'importants retards de développement, à commencer par l'alimentation en eau, la production d'électricité et le traitement des ordures ménagères.

Ces investissements sont évalués à 10,1 milliards de dollars sur une première phase de quatre ans, qui sera validée vendredi, précise-t-on dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian. Au total, les besoins du Liban s'élèvent à 23 milliards de dollars sur 12 ans.

De premiers engagements financiers - prêts à taux bonifiés, dons, garanties publiques - seront annoncés à la conférence de Paris, ajoute-t-on au Quai sans plus de précisions.

Ce ne sera toutefois pas une conférence classique de donateurs, destinée à maximiser les annonces. "On n'est pas là pour viser un chiffre", souligne-t-on.

Le Liban, qui vit dans la crainte d'une crise économique et financière, espère pour sa part lever entre 6 et 7 milliards de dollars en dons et prêts, selon les services de M. Hariri. Le reste de la première phase, soit 35 à 40% du total, doit être pris en charge par les investisseurs privés.

"L'idée politique derrière, c'est que l'Etat libanais fournisse services et infrastructures à la population plutôt que d'autres", note-t-on dans l'entourage du ministre, en référence au puissant mouvement chiite pro-iranien Hezbollah.

- Des réformes structurelles -

L'Arabie saoudite, soupçonnée d'avoir poussé Saad Hariri à la démission en novembre 2017 en raison de l'influence croissante du Hezbollah et à travers lui de l'Iran, a envoyé des "signaux positifs" sur sa participation à la conférence, selon l'Elysée. L'Iran n'a en revanche pas été invité à Paris.

Saad Hariri, qui avait annoncé sa démission depuis Ryad, est finalement rentré dans son pays trois semaines plus tard, après une médiation française, et a repris ses fonctions à la tête du gouvernement libanais.

Le Liban va s'engager de son côté sur un plan de réformes que ce soit dans la régulation des transports, des télécommunications ou la mise en oeuvre de la justice et la lutte contre la corruption.

"Tout le monde est bien conscient que ces investissements ne seront efficaces que s'ils sont accompagnés par des réformes structurelles très importantes", insiste l'Elysée.

Le gouvernement libanais doit aussi viser une réduction du déficit public - de l'ordre de 9 à 10% du PIB - "d'un point de PIB par an pendant cinq ans", indique-t-on au Quai, sans plus de précisions.

Un mécanisme de suivi sera mis en place pour s'assurer que ces engagements sont "suivis d'effets" au-delà des législatives, les premières depuis neuf ans dans ce pays.

La communauté internationale a déjà oeuvré au renforcement de l'armée libanaise lors de la conférence de Rome le 15 mars et doit faire un geste pour le million de réfugiés syriens au Liban, soit un quart de la population locale, le 25 avril à Bruxelles.

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