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La Convention citoyenne pour le climat dans le vif des sujets

La Convention citoyenne pour le climat dans le vif des sujets
Le Premier ministre Edouard Philippe le 4 octobre 2019 lors du lancement de la Convention citoyenne pour le climat à Paris Ian LANGSDON

"C'est très bien tout ça, mais souvent le prix de la réparation dépasse celui d'un nouvel appareil". Dans la salle aux baies vitrées avec vue sur la tour Eiffel les membres du groupe "Consommer" de la Convention citoyenne sur le climat approuvent Françoise par des "Oui! Oui!" appuyés.

Ils sont une trentaine, prénom sur un badge, réunis samedi matin pour entendre des intervenants autour d'un des cinq thèmes sur lesquels doivent plancher les 150 citoyens tirés au sort pour élaborer des propositions au gouvernement visant à diminuer d'au moins 40% les émissions responsables du réchauffement climatique. Un exercice de démocratie participative inédit en France.

Devant eux, un représentant du ministère de la Transition écologique, une de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie et deux d'ONG. "Jusqu'à hier on avait aussi le directeur général France d'Amazon", Frédéric Duval, prévu comme intervenant, explique l'animatrice du groupe de travail. Le responsable a fait savoir qu'il avait un empêchement de dernière minute... mais serait prêt à venir s'exprimer à un autre moment.

"Pourquoi, il a peur?", fuse une voix. "S'il accepte d'être là plus tard on ne peut pas dire ça. Même si on est frontalement opposé, c'est important qu'on l'entende," répond une autre.

L'animatrice demande qui a l'impression d'avoir modifié ses manières de consommer ces dernières années.

"Moi j'aimerais consommer bio, mais ça a des coûts", explique Radja. "Alors il y a des moments où je peux, il y a des moments où je ne peux pas, mais je fais des choix".

"Moi je n'achète plus d'eau en bouteille en plastique", avance un autre. Un troisième "a banni tout ce qui est internet" et ses mastodontes du commerce en ligne pour privilégier "le local, le circuit court".

"Moi je n'ai pas changé, parce que je suis agricultrice en bio depuis 20 ans," lance Florence, ex-journaliste qui a repris le domaine viticole familial dans le bordelais.

- Produit ? Bonheur ? -

Pascal Dupuis, du ministère, pose ensuite quelques notions de base. La consommation des ménages en France qui représente la moitié du PIB (produit intérieur brut) et influe donc sur la croissance. Les émissions directes de gaz à effet de serre que cela représente, mais aussi l'empreinte carbone, qui comptabilise aussi les émissions de nos importations. Et la traduction en tonnes de CO2 par habitant, unité de mesure de notre influence sur le réchauffement, bien trop élevée. Sans esquiver les autres visions possibles du bien-être que la seule croissance, comme le "Bonheur brut national" inventé dans le petit royaume himalayen du Bhoutan.

Les grands débats de l'air du temps s'invitent aussi. Un tableau d'estimations chiffrées des réductions d'émissions possibles grâce à différentes mesures anime les échanges. L'adoption du régime végétarien? "Alors là, les agriculteurs ils sont morts!". La fin des déplacements en avion? "Si tout le monde se met à faire ça le pays il est fini..."

Mais si les "éco-gestes à notre échelle individuelle c'est bien, il faudrait pas oublier que c'est pas nous les plus grands pollueurs, c'est l'industrie", souligne Mathieu.

Justement, Alma Dufour, des Amis de la Terre, est venue parler notamment du secteur textile, basculé dans la "fast-fashion" mondialisée. "En France, on en est à 40 vêtements par habitant par an. Il y a 9% d'invendus et la seconde main ne fait pas baisser la production initiale". Quant au recyclage, "il ne marche pas". "Ce sont des questions politiques, il faut des règles", lance-t-elle, en encourageant les membres de la convention à se saisir des pouvoirs que le gouvernement leur a promis.

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