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La crainte de l'échec bride souvent les femmes face à l'entrepreneuriat

La crainte de l'échec bride souvent les femmes face à l'entrepreneuriat
Un tiers des entreprises françaises sont créées par des femmes, mais ce chiffre stagne depuis dix ans, reflétant notamment une crainte d'échouer supérieure à celle éprouvée en moyenne par les hommesFREDERIC J. BROWN

Un tiers des entreprises françaises sont créées par des femmes, mais ce chiffre stagne depuis dix ans, reflétant notamment une crainte d'échouer supérieure à celle éprouvée en moyenne par les hommes, selon des expertes.

Si les créateurs d'entreprise se caractérisent par leur goût du défi, "les femmes prennent moins de risques", estime Céline Mas, associée du cabinet d'études Occurrence, qui a réalisé "l'Observatoire BNP Paribas de l'entrepreneuriat au féminin".

L'un des enseignements de cette étude, menée auprès de 810 femmes entrepreneurs, montre que le premier frein réside dans la peur de l'échec financier. Qu'il s'agisse de l'échec de l'entreprise entière ou de la peur de ne pas pouvoir se verser un salaire.

"Les hommes se lancent dans l'aventure de l'entrepreneuriat avec moins de questionnement que les femmes", constate Miruna Radu-Lefebvre, professeur d'entrepreneuriat à l'école de commerce Audencia.

Céline Favy-Huin a cofondé sa start-up Feelobject avec son mari, Sylvain Huin, en 2015. "On se lançait tous les deux, donc on abandonnait tous les deux nos sources de revenus. Mon mari est de nature optimiste et me répète +On va y arriver+ quand je doutais, et doute encore, de ma capacité à mener cette opération", témoigne-t-elle.

L'Observatoire a mis en évidence le manque de confiance en soi comme frein à l'entrepreneuriat pour 16% des sondées. "Les femmes vont examiner toutes les qualifications et compétences nécessaires avant de se lancer", explique Céline Mas.

"Il y a encore des raisons sociales à la mauvaise représentation des femmes dans l'entrepreneuriat", ajoute Miruna Radu-Lefebvre. "Les femmes ont parfois un sentiment d'imposture à cause de la +masculinité+ du rôle d'entrepreneur".

Cette autocensure peut s'avérer encore plus contre-productive si elle conduit à un repli sur soi. "Les femmes ont tendance à entreprendre en autarcie, sur le plan financier avec des investissements de fonds propres, et sur le plan relationnel avec une appartenance à un réseau professionnel, pour seulement une femme sur deux", complète l'associée d'Occurrence.

- Besoin d'autonomie et de sens -

L'étude montre que les femmes entreprennent à un âge moyen de 35 ans et que 60% d'entre elles ont été salariées auparavant. "J'en déduis que les femmes se tournent vers l'entrepreneuriat après avoir rencontré un plafond de verre dans le salariat ou en voulant mieux concilier vies professionnelle et personnelle", observe Dominique Carlac'h, présidente de la commission Nouvelles Responsabilités entrepreneuriales du Medef.

Comme Mme Radu-Lefebvre, elle insiste sur la nécessité de mettre en avant des modèles féminins de réussite pour lutter contre le manque de confiance des femmes en la matière.

Mieux organiser son quotidien constitue une solide motivation à l'entrepreneuriat chez les femmes, selon Dominique Carlac'h. Elle-même a fondé D&Consultants en 1991 pour éviter de déménager à Paris et créer son emploi à Grenoble.

Dans l'étude, la volonté d'être plus autonome représente la première motivation et concerne 46% des répondantes. "Donner plus de sens à sa vie" arrive deuxième, 28% des sondées s'y reconnaissant.

C'est le cas d'Anna Choury, mathématicienne de 30 ans qui a créé début 2018 sa start-up Maathics spécialisée dans les algorithmes équitables. Un déclic né de la question: "quel impact j'ai, qu'est-ce que je laisse derrière moi", raconte-t-elle.

Céline Favy-Huin, de son côté, a fondé Feelobject en suivant ses valeurs sociétales d'intégration des personnes en situation de handicap. "Nous avions envie avec Sylvain de créer une entreprise ensemble et sa mutation a été l'occasion de concrétiser ce vague projet. J'ai dû démissionner de mon emploi de responsable RH pour le suivre, et créer une entreprise c'était aussi me créer un emploi", raconte-t-elle.

"J'ai remarqué que les femmes créent une entreprise par nécessité, quand les hommes ont plutôt tendance à saisir une opportunité", analyse Miruna Radu-Lefebvre. La perspective de gagner plus d'argent n'arrive que cinquième dans le classement des motivations, et intéresse seulement 11% des femmes ayant répondu au questionnaire.

"En créant une entreprise, on s'inquiète du statut juridique à choisir et du +business plan+ à peaufiner. Or, ce n'est pas l'essentiel. Il faut démystifier les clefs de la réussite, le plus important c'est de trouver le premier client et le premier employé qui nous fera confiance. Ces freins s'appliquent à toute entreprise, dirigée par une femme ou un homme", conclut Dominique Carlac'h.

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