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La Grèce accélère l'octroi de "visas d'or" pour les investisseurs chinois

La Grèce accélère l'octroi de
Une publicité pour le programme dit du "visa d'or", à Athènes, le 6 mars 2019LOUISA GOULIAMAKI

Il y a trois ans, Jiang Rungong a investi dans l'immobilier à Athènes, obtenant en échange un permis de séjour en Grèce, dans le cadre du programme dit du "visa d'or" qui a attiré 3.400 acheteurs chinois depuis son lancement en 2013.

"Depuis que nous avons obtenu le visa, nous en avons profité pour voyager dans plusieurs pays européens mais quand on rentre en Grèce, on se sent chez nous", se réjouit le quinquagénaire venu de Shanghai.

Grâce à l'achat d'un appartement à Athènes, il bénéficie d'un visa de séjour pour lui, sa femme et son fils, Jiang Semniao, 18 ans, qui parle déjà le grec.

"Nous avons choisi la Grèce pour son patrimoine culturel, son histoire, la démocratie, la liberté. Nous aimons vraiment l'atmosphère", explique-t-il.

Inauguré en 2013, au pic de la crise grecque, alors que les prix de l'immobilier ont connu une baisse drastique, le programme du "visa d'or" octroie un permis de séjour de cinq ans renouvelables aux ressortissants de pays non européens ayant investi au moins 250.000 euros dans l'immobilier.

D'autres pays du sud de l'Europe frappés par la crise, Chypre, l'Espagne ou le Portugal, ont eu recours au même programme pour attirer les investissements.

L'an dernier en Grèce, le nombre de ces visas pour les ressortissants non européens a augmenté de 46%.

Environ 5.300 permis de séjour ont ainsi été accordés depuis 2013, selon des chiffres officiels, dont 3.400 à des investisseurs chinois, suivis des Russes et des Turcs.

- Liens étroits avec la Chine -

Depuis plus d'une décennie, la Grèce a développé des relations commerciales étroites avec la Chine, qui cherchait à trouver une base pour son expansion en Europe.

En 2008, deux terminaux du port du Pirée ont été cédés au géant maritime chinois Cosco, qui a acquis le troisième terminal en 2016 et aspire à faire du port d'Athènes un pont entre l'Asie et le Vieux Continent.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis rentre d'une visite à la Foire aux importations de Shanghai. Et le président chinois Xi Jinping arrive dimanche à Athènes pour une visite de trois jours.

"Il n'y a jamais eu de meilleur moment pour écrire un nouveau chapitre dans les relations de la Grèce avec la Chine", a déclaré M. Mitsotakis à Shanghai.

Selon les experts, les Chinois ne regardent plus seulement la Grèce comme une porte d'entrée dans la zone de Schengen, mais ils apprécient la qualité de vie sur les terres hellènes.

"Les Chinois se regroupent à Athènes et ses banlieues, constituant des petites +China towns+. Ils achètent des ensembles d'immeubles dont tous les propriétaires sont chinois", explique Annie Avgouli, gérante du département migration du cabinet juridique Dedes, qui a son propre service dédié aux Chinois bénéficiant de visas d'or.

Mais "quand on dit au client que la préparation du dossier requiert au moins un an, c'est comme si on lui montrait la porte de sortie", ajoute Dorina Cobzaru, directrice d'investissements chez Dedes.

Les procédures sont lentes car les visas d'or sont traités par la même administration qui traite des dizaines de milliers de demandes d'asile.

- Contrôle des capitaux -

Pour faciliter les investissements, une nouvelle loi a été adoptée fin octobre. Des dispositions particulières permettent de contourner les stricts contrôles de capitaux en Chine, en transférant les 250.000 euros requis en plusieurs transactions bancaires.

Le ministre grec du Développement Adonis Georgiadis, qui s'est récemment rendu en Chine, a rapporté à l'AFP que la Banque de Grèce avait conclu que ce processus via l'utilisation de terminaux de cartes bancaires "ne violait ni la loi grecque, ni la loi européenne".

La Commission européenne a cependant appelé les pays membres à réduire la pratique des visas d'or.

Dans un rapport publié début 2019, elle a épinglé la Bulgarie, Chypre et Malte où de riches investisseurs échappent souvent aux contrôles adéquats de sécurité.

Mais la Grèce, qui cherche à attirer les investisseurs pour se relever d'une décennie de crise, ne veut pas manquer l'occasion.

La Banque de Grèce estime que le programme de visas d'or a déjà attiré 469 millions d'euros de capitaux chinois en 2018, et 443 millions pour les seuls six premiers mois de 2019, contre 77 millions en 2017.

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