La grève des routiers au Brésil en perte de vitesse

La grève des routiers au Brésil en perte de vitesse
Un transporteur routier agite le drapeau brésilien devant la raffinerie de Duque de Caxias près de Rio de Janeiro, le 28 mai 2018Carl DE SOUZA

Le Brésil commençait à donner des signes de retour à la normale mardi, au neuvième jour d'une grève des transporteurs routiers qui a ébranlé le gouvernement et causé des pertes colossales pour la première économie d'Amérique Latine.

Le dernier bilan de la Police routière fédérale (PRF) faisait état de concentrations de routiers au bord de 616 voies dans tout le pays, mais seulement trois correspondaient à de véritables barrages qui bloquent totalement la circulation.

Depuis samedi, des camions-citerne escortés par la police ou l'armée permettent d'effectuer le ravitaillement en carburant depuis les raffineries.

"Nous sommes en voie de normalisation. Cela ne va pas aussi vite que nous le souhaitions, mais nous constatons un regain d'intensité (du réapprovisionnement). Bien plus qu'hier, et demain cela ira certainement bien mieux qu'aujourd'hui", a déclaré mardi le chef du gouvernement Eliseu Padilha en conférence de presse.

Mais de nombreux participants à cette grève, qui a ébranlé le gouvernement et causé d'énormes pertes, restent toutefois déterminés à continuer, même s'ils ont déjà obtenu une baisse significative du prix du gazole, leur principale revendication.

"Aujourd'hui, les manifestations dépassent les revendications des camionneurs et ont une tonalité de plus en plus politique", a dénoncé M. Padilha, qui a pointé du doigt la présence sur les barrages d'"infiltrés", extérieurs au mouvement des transporteurs routiers.

Le cours de l'action du groupe pétrolier d'Etat Petrobras a bondi de 12% lors la séance de mardi à la bourse de Sao Paulo, après avoir chuté de plus de 14% la veille, en raison de cette réduction des tarifs annoncée dimanche par le président Temer.

L'indice Ibovespa, qui avait cédé 4,49% lundi, a clôturé sur une progression de 0,95%.

- Produits frais de retour -

Mardi matin, certaines stations-service qui étaient à sec depuis plusieurs jours ont pu être approvisionnées, mais elles étaient aussitôt prises d'assaut par des automobilistes prêts à affronter plusieurs heures de queue pour faire le plein.

À Sao Paulo, un journaliste de l'AFP a vu la police s'interposer pour interrompre une bagarre après qu'un automobiliste en eut accusé un autre de lui passer devant dans la file d'attente.

"Cela fait déjà trois heures que j'attends. Très peu de stations-service ont de l'essence et quand il y en a, c'est le bazar", décrit Carlos Coelho, agent de sécurité de 53 ans.

À Rio de Janeiro, un convoi d'environ 150 camions remplis de nourriture a été escorté par l'armée dans la nuit de lundi à mardi pour parvenir au marché de gros situé au nord de la ville, même si les prix restaient très élevés.

Cela devrait permettre de faire revenir progressivement les produits frais sur les étals, les fruits et légumes étant pratiquement introuvables dans les supermarchés ces derniers jours.

"La situation reste critique. Il n'y a pas beaucoup de marchandises et tout est très cher. Ça va prendre du temps pour que tout redevienne comme avant", a affirmé à l'AFP Betinho Rodrigues, vendeur de fruits et légumes venu acheter des tomates au marché de gros.

Malgré ces signes d'amélioration, les transports étaient encore fortement perturbés dans tout le Brésil, affectant de plein fouet tous les secteurs de l'économie de cet immense pays où 60% du transport de marchandises s'effectue par la route.

Sept aéroports étaient toujours à court de kérosène mardi, selon la société Infraero, qui gère la plupart des terminaux du pays.

Puissance agro-alimentaire de premier plan, le Brésil a vu sa capacité d'exportations compromise.

Selon l'Association brésilienne des industries exportatrices de viande (Abiec), 107 des 109 usines de transformation de viande bovine sont à l'arrêt, pour un manque à gagner de 170 millions de dollars, 40.000 tonnes de produits n'ayant pas peu être exportés.

Les experts considèrent que le pays pourrait mettre plusieurs semaines à revenir totalement à la normale, un rude coup pour une économie encore convalescente après avoir subi une récession historique en 2015 et 2016.

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