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L'étau se resserre autour de l'usine Alteo de Gardanne et de ses rejets dans les Calanques

L'étau se resserre autour de l'usine Alteo de Gardanne et de ses rejets dans les Calanques
Vue du site de Mange-Garri où l'usine Alteo de Gardanne stocke ses résidus de bauxite, le 21 septembre 2016BORIS HORVAT

L'étau se resserre autour de l'usine d'alumine Alteo de Gardanne (Bouches-du-Rhône), qui a rejeté jusqu'à fin 2015 des "boues rouges" en Méditerranée : La justice puis l’État ont durci vendredi les conditions dans lesquelles elle peut poursuivre son activité.

Victoire partielle pour les écologistes, le tribunal administratif a réduit de deux ans, à fin 2019, le délai accordé à cette usine, qui emploie 450 salariés, pour mettre ses rejets d'effluents liquides en conformité avec les normes environnementales.

Après cette décision, l'industriel qui produit des éléments indispensables à l'industrie électronique, aux écrans plats ou aux batteries, n'a plus qu'un an et demi pour résoudre le problème de ses rejets, à 300 mètres sous le niveau de la mer, au coeur du Parc national des Calanques.

Quelques heures plus tard, le préfet des Bouches-du-Rhône a annoncé un durcissement de la dérogation aux normes environnementales accordée provisoirement, jusqu'à la date butoir, à l'usine. Une façon d'inviter Alteo, "à poursuivre ses efforts", selon un communiqué.

Il divise notamment par deux les émissions autorisées d'arsenic et d'aluminium, après avoir salué des niveaux de rejet déjà "significativement inférieurs, pour certaines substances, à ceux jusqu'à présent autorisés".

Ces décisions successives viennent modifier le cadre dans lequel Alteo, leader mondial des alumines de spécialité, avait obtenu le maintien de son activité, en échange de "modifications substantielles" du processus de production, exigées par l’État, fin 2015.

A cette date, après un demi-siècle d'empoisonnement des fonds marins aux "boues rouges", les rejets solides en mer avaient cessé, mais l'industriel s'était vu accorder au grand dam des écologistes et des habitants, des dérogations aux normes anti-pollution et un délai de six ans pour rentrer dans les clous.

Pour justifier sa décision, le tribunal met notamment en avant "l'existence d'incertitudes techniques résiduelles quant à l'impact environnemental et sanitaire à long terme de substances rejetées dans la mer Méditerranée".

- "Une belle victoire d'étape" -

Le tribunal s'est également penché sur les déchets solides de l'usine. Depuis qu'il n'est plus autorisé à rejeter de boues rouges, Alteo stocke ses résidus de bauxite à terre, sur le site en plein air de Mange-Garri, un vaste espace désolé au milieu de la pinède à Bouc-Bel-Air.

La préfecture des Bouches-du-Rhône va devoir faire réaliser une nouvelle enquête d'impact sur "l'appréciation des dangers et inconvénients environnementaux et sanitaires cumulés de l'usine d'alumine de Gardanne et des installations de stockage de déchets" sur ce site.

Le leader mondial des alumines de spécialité devra également "réaliser une nouvelle consultation du public (...) en vue, le cas échéant, de l'adoption d'un arrêté préfectoral contenant des prescriptions complémentaires" concernant ses sites.

Vendredi, l'industriel a pris acte "avec satisfaction" des décisions du tribunal administratif. "Le tribunal a pris en considération les progrès techniques constants faits par Alteo en faveur de la protection de l'environnement", a encore assuré le groupe, qui va toutefois étudier "les suites à donner à la décision" de raccourcir la durée de la dérogation qui lui avait été accordée.

"C'est une belle victoire d'étape", s'est félicité Olivier Dubuquoy, fondateur et porte-parole de ZEA, l'une des associations qui porte le combat contre Alteo. Les écologistes n'ont pas obtenu l'annulation pure et simple de la dérogation pour les rejets liquides, qu'ils demandaient. Mais sur l'étude d'impact, "le tribunal dit que l’État n'a pas fait correctement son boulot: On ne peut plus dissocier la pollution terrestre et la pollution maritime", souligne-t-il.

La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), elle aussi partie prenante de la procédure, a salué "une bonne nouvelle pour tous ceux qui considèrent que la mer Méditerranée n'est pas une poubelle".

L'industriel fait par ailleurs l'objet d'une plainte au pénal pour "mise en danger de la vie d'autrui" au sujet des rejets en mer ainsi que d'incidents liés au stockage des déchets solides.

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