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La situation se complique encore pour Huawei, qui pourrait être empêché de fabriquer ses propres processeurs !

La situation se complique encore pour Huawei, qui pourrait être empêché de fabriquer ses propres processeurs !
© AFP
huawei

Les murs de Shenzhen tremblent depuis quelques jours. L'administration Trump a mis en application ses mesures protectionnistes extrêmes, visant pour l'instant Huawei. Tous les jours, de grands acteurs des nouvelles technologies, sans doute par crainte de sanction officielle, se voient contraints d'abandonner Huawei. Le dernier en date est ARM, et les conséquences seraient lourdes, très lourdes. On refait le point sur le début d'une inédite "guerre froide technologique".

Le mois de mai 2019 restera dans les mémoires pour être le début de la guerre froide technologique opposant les Etats-Unis et la Chine. Ces deux grandes puissances ont toutes les cartes en main pour contrôler l'univers télécoms du monde entier ; et actuellement, Donald Trump joue les kamikazes en prenant des décisions unilatérales lourdes de conséquences.

En mettant Huawei sur la liste des entreprises présentant un danger pour "la sécurité nationale de son pays", le président des Etats-Unis oblige – même si une période de transition de trois mois a été accordée – toutes les entreprises américaines à couper les ponts avec le géant chinois des télécoms.

Si auparavant, il s'était contenté d'interdire aux opérateurs américains de se fournir en matériel Huawei (infrastructures réseaux mais également smartphones en vente liée, très populaires aux USA), Donald Trump a été un pas plus loin cette semaine en interdisant formellement aux entreprises américaines de faire du business, et donc même de fournir des services ou du matériels à Huawei. On a largement parlé du cas de Google qui a retiré la licence Android, le système d'exploitation utilisé par Huawei (voir notre dernier article). Et mardi soir, Microsoft a retiré de son magasin en ligne américain les ordinateurs Huawei équipé de Windows.

Huawei privé de fabrication de processeur

Ce mercredi, une nouvelle encore plus grave a fuité, et ça vient de la très sérieuse BBC. Le média national explique que ARM, une grande entreprise britannique active dans la fabrication de puce informatique détenue par un fonds d'investissement japonais, a fait circuler en interne un mémo interdisant là aussi toute relation commerciale avec Huawei.

La décision étonne car ARM n'est pas une entreprise américaine, mais elle craint d'enfreindre la "loi Trump" car la fabrication de ces puces inclut "des technologies d'origine américaine".

Or, pour fabriquer ses propres puces et processeurs (les Kirin qui équipent les smartphones Huawei et Honor, entre autres), HiSilicon, la filiale de Huawei, paie des licences à ARM pour utiliser ses technologies brevetées, ses procédés de fabrication, si on veut.

Si ARM – qui se montrerait tout de même très frileux et perdrait pas mal d'argent - applique effectivement cette interdiction, le géant Huawei, qui doit déjà lutter pour se trouver un système d'exploitation de remplacement valable (pas une mince affaire), se verra contrait de se fournir en puce auprès de la concurrence. Bref, il perdrait des revenus dans tous les sens, et verrait ses dépenses exploser.

Avant d'envisager le pire, rappelons tout de même que pour l'instant, rien ne change vraiment vu qu'il y a cette période tampon de 3 mois. Surtout, certains estiment que la sanction protectionniste (personne ne croit à l'histoire du danger pour la sécurité nationale) draconienne de Donald Trump fait partie d'un gros coup de pression, d'une démonstration de force envers la Chine en vue de la faire plier lors de futures négociations…

La situation étant inédite et complexe (les entreprises américaines ont beaucoup à perdre financièrement dans l'opération), il est impossible de prévoir de quoi l'avenir sera fait.

Nul doute que d'âpres discussions sont en cours, entre Huawei et tous ses partenaires/fournisseurs américains, entre les autorités politiques et commerciales des Etats-Unis et de la Chine.

Faut-il avoir peur si vous avez un smartphone Huawei ?

Google l'a promis assez rapidement: il ne va pas retirer ses services des smartphones Huawei / Honor actuellement sur le marché ou en magasin. Heureusement, car on parle de centaines de millions d'appareils... Si la rupture se confirme, ce sont les futurs smartphones de la marque qui ne pourraient plus être équipés du magasin d'application Google Play Store, des applications YouTube, Gmail, etc. 

L'unique risque concerne les mises-à-jour. Difficile de savoir si, sur les modèles les plus haut-de-gamme habitués à un ou deux mises-à-jour majeures d'Android, le suivi sera possible pour les développeurs de Huawei. 

Quoi qu'il en soit, il ne faut pas avoir peur d'un éventuel espionnage de la part de Huawei, et surtout pas au niveau des smartphones. Rappelons qu'on parle ici de protectionnisme, de stratégie économique, et que l'argument de Trump visant la sécurité national est largement critiqué.

Cependant, vu les annonces des géants américains, si vous envisagiez d'acquérir un smartphone Huawei, il vaut peut-être mieux attendre d'y voir plus clair. 

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