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Le café du Nicaragua se taille une place au soleil

Consommation

Le Nicaragua est en train de se tailler une place au soleil sur le marché international des cafés de qualité grâce à une nouvelle génération de planteurs qui mettent en valeur le terroir et le climat du pays avec de meilleures variétés.

"Je suis parti de zéro avec mon frère dans la production de café. Nous vendions nos grains entre 70 et 120 dollars le sac (de 46 kilos). Après, je me suis rendu compte que notre terre était idéale pour cultiver des cafés spéciaux, et nous nous sommes lancés", explique à l'AFP Saulo Zeledon, 37 ans.

Cette réorientation vers la production de qualité, "nous l'avons menée à bien en moins de cinq ans, en prenant des décisions rapides en fonction des données disponibles sur (cette) activité", ajoute le planteur.

Partisan enthousiaste de l'utilisation des dernières avancées techniques, Saulo Zeledon s'inspire de l'expérience, pour les cultures comme pour la commercialisation, de la Colombie, du Brésil et de l'Equateur, dont la réputation des cafés n'est plus à faire.

Les résultats sont là : le café de Saulo Zeledon, produit dans sa "Finca Cipres de doña Graciela" dans le nord du Nicaragua à 1.000 mètres d'altitude, sur des terres propices, humides et ombragées, et commercialisé sous la marque "Spes", a obtenu l'excellente note de 88 points (sur 100) décernée par des goûteurs et négociants internationaux de la "Taza de excelencia" du Nicaragua en 2017 et 2018.

- Parmi les meilleurs cafés du monde -

Sa classification parmi les meilleurs cafés du monde lui a permis de vendre sa production au prix de 250 dollars le sac, alors que le prix moyen est de moins de 100 dollars sur le marché international où la chute des cours touche de plein fouet les producteurs au point qu'ils sont nombreux à vendre à perte.

Victor Lopez est, lui, à l'âge de 27 ans, à la tête depuis près de huit ans des 200 hectares de la plantation familiale, à 1.300 mètres d'altitude dans les montagnes du département de Jinotega (nord), un des trois départements, avec Matagalpa et Las Segovias, qui se partagent la culture du café au Nicaragua.

Formé au Honduras voisin, Victor a bousculé les habitudes : plants de meilleure qualité, engrais, fermentation des grains, baisse des intrants chimiques et amélioration de la taille.

Là aussi, le succès a été au rendez-vous : 90 points au barême de la "Taza de excelencia".

"Il s'agit d'un café spécial de qualité supérieure, non seulement en termes habituels de saveur, d'arôme, de douceur, de corps et d'acidité, mais également en raison de sa complexité en matière de saveurs exotiques avec des arômes d'ananas, de fleurs et d'agrumes", explique fièrement le jeune planteur.

Il a fait de sa "Finca Los Papales" un véritable laboratoire travaillant sur toute la chaîne de production et de commercialisation, de la semence jusqu'à la vente directe en passant par la torréfaction et la dégustation. Une stratégie qui lui permet, dit-il, de vendre son grain jusqu'à 1.000 dollars le sac.

- De la qualité, mais pas de norme -

La caféiculture au Nicaragua occupe environ 200.000 hectares et donne du travail à quelque 300.000 ouvriers agricoles.

"La majorité du café produit au Nicaragua est de qualité supérieure, mais il ne se vend pas sous cette dénomination car il n'y a pas de norme qui détermine quel café est de qualité supérieure, et lequel ne l'est pas", regrette auprès de l'AFP le président de l'Association des cafés spéciaux du Nicaragua (ACEN), Carlos Bendana.

Pour Edwin Ruiz, un autre responsable de l'ACEN, "si le Nicaragua réussit à vendre sa production comme étant du café spécial ce sera un soulagement" en pleine crise économique traversée par le pays depuis les manifestations du printemps 2018, réprimées dans le sang, contre le gouvernement de Daniel Ortega.

La crise politique et économique, les restrictions en matière de crédits bancaires et la réforme fiscale imposée par le gouvernement ont impacté aussi les coûts de production, tandis que le changement climatique s'est aussi fait sentir dans les plantations : la récolte 2018-2019 n'atteindra que 3,1 millions de sacs, soit une chute de 20 à 25%, selon l'Association des exportateurs de café du Nicaragua (Excan).

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