En ce moment
 
 

Le casse-tête des transports à Cuba, faute de taxis collectifs

Le casse-tête des transports à Cuba, faute de taxis collectifs
Une Cubaine monte à bord d'un taxi à La Havane le 17 janvier 2019YAMIL LAGE

"Le transport, ça n'a jamais marché, et maintenant c'est pire", soupire Lorena Mastiñeira, qui tente désespérément de rejoindre l'université de La Havane, alors que les taxis collectifs ont pratiquement disparu des rues de la capitale cubaine.

Entre les bus, pleins à craquer, et les taxis classiques, trop chers pour elle, la jeune femme de 20 ans espère qu'avec un peu de chance une bonne âme voudra bien la prendre en stop.

Pour elle, le coupable de ce chaos, c'est "la loi qui est sortie en décembre", dans le cadre du plan de "remise en ordre et contrôle du transport privé", que le gouvernement socialiste du président Miguel Diaz-Canel définit comme une "expérimentation".

Dans le même parc où se trouve Lorena, Luis Caballero, retraité de 70 ans, se plaint d'avoir dû payer 8 dollars pour un voyage en taxi qui, selon lui "valait 20 pesos cubains", à peine 0,80 centime de dollar. "C'est n'importe quoi", peste-t-il.

Auparavant, beaucoup de Cubains se déplaçaient dans des "almendrones", ces fameuses berlines américaines des années 1950, reconverties en majorité en taxis collectifs.

Le tarif défiait toute concurrence: au maximum un dollar par voyageur, serré sur la banquette contre ses camarades de circonstance.

Et c'était un formidable complément au système de transport public, qui ne couvre que 71% de la demande à La Havane, capitale de 2,1 millions d'habitants, selon les chiffres officiels.

Mais le ministère des Transports a dit assez: le 7 décembre, il a mis en place de nouvelles licences pour les taxis, maintenant répartis en trois catégories, suivant qu'ils soient collectifs, individuels ou destinés aux touristes.

Surtout, il leur a imposé de passer un contrôle technique, qui a été fatal pour nombre de ces vieilles Buyck, Dodge ou autres Pontiac. Sur les 1.492 qui se sont présentées, seules 227 ont réussi le test, un reflet du "mauvais état technique" de la majorité d'entre eux, selon le ministère.

"2.167 licences ont été retirées dans la ville" de La Havane, a indiqué en décembre la vice-ministre des Transports, Marta Oramas.

- Bus chinois et russes -

La conséquence a été immédiate. Avec le "retrait d'une grande partie" des taxis, "évidemment la qualité du service (de transport en général), qui était déjà déficiente, a encore empiré", explique à l'AFP Ricardo Torres, économiste du Centre d'études de l'économie cubaine.

"Avec un marché dont l'offre était déjà déficitaire, la solution ne peut jamais venir d'une méthode où l'on réduit encore plus l'offre, car (...) les tarifs, qui étaient déjà relativement élevés (par rapport au salaire moyen, de 30 dollars par mois, ndlr), vont continuer à augmenter", dit-il.

Désormais, quand un almendron ralentit, des dizaines de Cubains s'approchent pour pouvoir monter à bord. Mais quand le conducteur indique qu'il applique le tarif individuel, devenu exorbitant, la foule se disperse immédiatement.

L'"expérimentation" du gouvernement n'a pas que des aspects négatifs: les chauffeurs de taxi bénéficient ainsi de carburant à prix réduit et de pièces de rechange pour leur véhicule.

Malgré cela, le mécontentement domine.

La nouvelle loi "a un effet (...) sur nos revenus, car il y a beaucoup de restrictions" sur la façon de travailler, commente un chauffeur sous couvert d'anonymat, qui raconte qu'avant, il pouvait gagner 30 dollars en une matinée.

"Cette expérimentation, c'est un échec" et "je pense aussi qu'il faut que quelqu'un s'en rende compte" et "rectifie le tir", ajoute-t-il.

Mais le gouvernement, qui a modifié en décembre plusieurs nouvelles normes contestées par les entrepreneurs privés, ne semble pour l'instant pas prêt à faire marche arrière sur la question des taxis.

Il essaie toutefois d'apaiser le climat: il vient de changer le ministre des Transports. Le ministère a aussi renforcé certaines lignes de bus, surtout aux heures de pointe.

Mercredi, la télévision d'État a montré des images de la livraison, dans le port de La Havane, d'un lot de 106 bus achetés à la Chine, prévus pour entrer en service "le plus tôt possible", une semaine après l'arrivée de 450 microbus acquis auprès de la Russie.

Vos commentaires