Le conflit s'envenime dans la métallurgie allemande

Le conflit s'envenime dans la métallurgie allemande
Le président de la fédération patronale Gesamtmetall, Rainer Dulger (G), et Roman Zitzelsberger (D), négociateur en chef du syndicat IG Metall, discutent après l'échec d'un cinquième round de négociSebastian Gollnow

Le conflit dans la métallurgie allemande, secteur clé de l'économie du pays, s'est aggravé samedi avec une intensification prévue des débrayages et la menace d'une grève illimitée suite à l'échec de négociations sur le temps de travail.

"Manifestement les employeurs ne comprennent pas d'autre langage que celui de la pression", a lâché le négociateur en chef du syndicat de branche IG Metall, qui représente quelque 4 millions de salariés, Roman Zitzelsberger.

Un nouveau round de négociation entre partenaires sociaux s'est conclu samedi à Stuttgart sans accord.

En cause principalement: un blocage concernant la demande d'IG Metall d'un passage sous condition à la semaine de travail de 28 heures. Il concernerait les salariés qui le souhaitent et serait limité à deux ans au maximum, avec compensation financière partielle par leur entreprise.

Lors de cet ultime round, le syndicat, qui réclame également une hausse de salaire de 6%, a mis sur la table la possibilité que ces salariés puissent bénéficier de temps libre au lieu d'une compensation financière. Mais le patronat a refusé, parlant de "revendications démesurées".

La direction du syndicat a du coup décidé une montée en puissance de sa campagne d'arrêts de travail menée dans l'industrie allemande: à partir de la semaine prochaine, ces débrayages dureront à chaque fois 24 heures dans les sites choisis, y paralysant de fait momentanément la production.

"IG Metall va appeler, après vote dans les entreprises, à une grève d'avertissement de 24 heures", a dit son président, Jörg Hofmann. Ces grèves d'avertissement sur une journée entière sont un outil très récent dans l'arsenal d'IG Metall, qui n'y a encore eu jamais recours.

- 'Grève illimitée'-

Elles pourraient concerner de mercredi à vendredi prochains plus de 250 entreprises dans le pays.

La centrale syndicale représente 3,9 millions de salariés -toutes catégories professionnelles confondues- dans la métallurgie, vaste branche chapeautant des secteurs clés comme l'automobile et les industries électriques et électroniques (semi-conducteurs, électroménager, machines-outils).

IG Metall a également menacé ultérieurement d'une grève générale dure et illimitée dans le secteur si la situation reste bloquée.

Le syndicat va d'ores et déjà commencer à préparer une consultation de ses membres dans cet objectif. La grève totale est une rareté en Allemagne, pays épris de consensus social.

L'organisation patronale Südwestmetall a mis en garde dans un communiqué contre des solutions qui ne feraient "qu'envenimer" les choses.

Les entreprises allemandes sont toutefois, de manière générale, sous pression croissante de leurs salariés pour lâcher du lest sur le plan financier alors que l'économie nationale tourne à plein régime.

Les carnets de commandes sont pleins et le chômage au plus bas, avec du coup un manque de main d’œuvre qualifiée de plus en plus criant dans certains métiers.

La dernière grève dure illimitée dans le secteur de la métallurgie remonte à 2003, lors d'un mouvement pour les 35 heures à l'est du pays. IG Metall avait alors fait chou blanc et traversé une profonde crise.

Cette fois, les débrayages de 24 heures menacent de clairement peser sur la production, automobile notamment.

Absorbée par de laborieuses négociations de coalition gouvernementale, la classe politique allemande est restée silencieuse sur la question des salaires.

Mais cette dernière intéresse beaucoup au-delà des frontières de l'Allemagne, dont les partenaires commerciaux regrettent depuis longtemps la modération salariale.

La Banque centrale européenne (BCE) suit aussi de près l'évolution des salaires au niveau de la zone euro, dont la progression pourrait donner un coup de fouet bienvenu à l'inflation. une progression soutenant une inflation jugée trop faible.

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