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Le domaine ferroviaire, valeur sûre des Journées du patrimoine

"Cette locomotive, la plus belle, on l'a trouvée sur eBay!" Le Musée vivant du chemin de fer, qui pouponne de vieilles machines à Longueville (Seine-et-Marne), se prépare pour les Journées du patrimoine, grand moment pour les amateurs d'histoire ferroviaire.

Patiemment, des passionnés sortent voitures et locomotives de la vénérable rotonde qui abrite le musée depuis 1971. Elles sont tractées l'une après l'autre par une locomotive de manœuvre, et dirigées sur un pont tournant, qui les mettra sur la bonne voie.

Il s'agit de faire de la place, à l'abri, pour des brocanteurs, modélistes et autres passionnés attendus samedi et dimanche, tandis qu'un train à vapeur partira pour Villiers-Saint-Georges, à 23 km de là.

Construite en Allemagne en 1911, la fameuse locomotive de la Compagnie du Nord dénichée sur eBay n'est plus en état de marche, mais elle a toujours fière allure. Il a fallu 15.000 heures de travail pour la remettre en état après son retour d'Angleterre, où son dernier propriétaire l'avait fait rouler jusqu'à épuisement.

Fonctionnant grâce à 25 bénévoles réunis dans l'Association de jeunes pour l'entretien et la conservation des trains d'autrefois (Ajecta), le musée abrite dans un décor d'arrière-gare une impressionnante collection de locomotives à vapeur, vieilles voitures de la Compagnie internationale des wagons-lits aux marqueteries préservées, trains moins luxueux rappelant joliment les années 1980 et fourgons postaux.

Un certain nombre sont classés aux monuments historiques, dont... des épaves. "En attente de restauration", dit pudiquement le président de l'Ajecta Guillaume Grison.

"On vit du mécénat, de subventions, de la Fondation du patrimoine. Les entrées et les voyages que nous organisons couvrent les frais fixes", indique ce patron de musée amateur, conducteur de trains de fret dans le civil.

Une centaine d'associations françaises s'occupent ainsi d'une bonne partie du matériel historique français, des locomotives ou wagons essentiellement cédées par la SNCF, ou laissées en dépôt. Le groupe public les aide surtout en nature, par exemple en leur ouvrant les portes de ses ateliers.

- Repère culturel -

"Elles sont liées à la SNCF par toute une série de conventions qui leur permettent en particulier de faire rouler des trains historiques sur le réseau national en toute sécurité", précise Marie-Noëlle Polino, chargée de projets patrimoine et mémoire à la compagnie nationale.

Pour la SNCF, "le patrimoine c'est évidemment du matériel roulant, mais c'est aussi le réseau, des ouvrages d'art, des bâtiments historiques dans lesquels on vit tous les jours, et qu'on a à cœur d'entretenir de façon à préserver leur valeur esthétique et historique, autant que la prouesse technique dont ils sont les porteurs", décrit-elle.

La SNCF a créé une direction du patrimoine il y a un an, qui s'intéresse aussi aux objets du quotidien et aux représentations du domaine ferroviaire dans le cinéma, la photographie ou la peinture.

"La prise de conscience, ça a été vraiment les 80 ans de l'entreprise (en 2018, NDLR), qui ont généré du lien en interne comme en externe (...), dans un contexte aussi où la SNCF est en transformation" avec la réforme ferroviaire et l'arrivée de la concurrence, note la cheffe du nouveau service Florence Brachet Champsaur. "Le patrimoine est un repère!"

Certains objets plus contemporains sont désormais préservés, la SNCF --qui dispose elle-même d'un grande musée à Mulhouse-- ayant récemment mis de côté la rame TGV numéro 16 qui a battu un record de vitesse à 380 km/h en 1981. Elle sera présentée samedi à La Rochelle.

"Les Journées européennes du patrimoine l'an dernier, c'était 28.000 visiteurs pour 70 événements", rappelle Mme Brachet Champsaur. "On en a 91 cette année".

Au programme de la SNCF cette année, on trouve en bonne place le bunker de la Gare de l'Est à Paris, la présentation des rames restaurées de l'Orient-Express à Lyon, le touchant Musée du cheminot d'Ambérieu (Ain), des circulations de rames historiques, l'ouverture des portes du centre des archives du personnel de Béziers, les coulisses des gares de Bordeaux, Brest, Metz et Tours, ou encore des visites de centres techniques et de postes d'aiguillage remarquables.

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