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Le futur président du Brésil, entre pression des marchés et urgences sociales

Le futur président du Brésil va subir, dès sa prise de fonction, une forte pression des marchés pour poursuivre une politique d'austérité, tout en relançant une économie grippée dans un pays qui compte 23 millions de pauvres.

"Pour une politique d'ajustement (budgétaire) équitable et une croissance partagée" : ainsi s'intitule un rapport de la Banque mondiale, présenté aux 13 candidats à l'élection présidentielle, avec une liste de préconisations qui semblent autant de voeux pieux devant l'ampleur de la crise économique, politique et sociale qui secoue le pays.

Selon le rapport, la première puissance économique d'Amérique latine est confrontée à "trois défis principaux" : "un important déséquilibre budgétair", "un manque de croissance durable de sa productivité" et "une difficulté toujours plus grande de l'Etat à fournir des services de base".

Au Brésil, "une partie de la population vit au XIXe siècle et l'autre au XXIe", rappelle Marcelo Neri, économiste de la fondation Getulio Vargas, soulignant la situation de millions de Brésiliens, de faible niveau scolaire, qui vivent sans accès à l'eau et à l'assainissement et se trouvent confrontés à des "niveaux de violence dignes d'un pays en guerre".

En juillet, la dette publique a atteint 77% du PIB, contre 56% en 2014. Selon la Banque mondiale, elle ne se stabilisera qu'à la condition, peu probable, que le Brésil connaisse une croissance annuelle de 4% jusqu'à 2030. Sans de profondes réformes structurelles, la dette pourrait alors atteindre 140% du PIB, estime l'organisation internationale.

Si le gouvernement du président Michel Temer a gelé les dépenses publiques, il a toutefois laissé en suspens la délicate réforme des retraites, considérée par les marchés comme la pierre angulaire du redressement des finances publiques.

- Promettre la lune -

La majorité des candidats en lice pour le premier tour du 7 octobre propose une réforme des retraites et un programme de réduction des déficits publics, mais sans trop s'avancer sur des chiffres, de peur de perdre des voix.

Le favori, le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro, prône une transition vers un système de retraites par capitalisation et une réduction de 20% de la dette publique grâce à "des privatisations, des cessions".

Fernando Haddad, le candidat du Parti des travailleurs (PT) de l'ex-président de gauche Lula, en deuxième position dans les sondages, propose à l'inverse de "mettre fin aux privatisations" et mise sur "le retour de l'emploi" et "la lutte contre l'évasion fiscale" pour parvenir à l'équilibre des comptes publics.

L'ex-gouverneur de Sao Paulo, Geraldo Alckmin, a promis de faire fondre le déficit "en deux ans" grâce à des privatisations et une simplification fiscale.

"Il est à craindre que les débats sur les problèmes les plus urgents ne soient écartés au profit de propositions qui reproduisent la catastrophe que le pays a connue ces dernières années ou promettent la lune", s'alarme Marcos Lisboa, président de l'Insper, un institut d'enseignement et de recherche.

"Ce pays a besoin de mener des politiques d'inclusion (sociale) et je pense que jusqu'à présent les élections ne vont pas dans cette direction", estime Marcelo Neri.

Selon la fondation Getulio Vargas, en 2017, 23 millions de Brésiliens, sur un total de 208 millions, vivaient en-dessous du seuil de pauvreté, soit 6 millions de plus (+33%) qu'en 2014.

Le pays compte près de 13 millions de chômeurs et figure au neuvième rang mondial en matière d'inégalités sociales.

L'économiste plaide pour une "voie intermédiaire" entre ceux qui préconisent l'austérité pour réduire les déficits creusés par deux années de récession (2015 et 2016) et deux autres de faible croissance, et ceux qui pensent qu'une telle ordonnance finira par tuer le patient.

Alors que cette campagne pour la présidentielle est la plus polarisée depuis la fin de la dictature militaire (1964-85), les deux favoris du premier tour, Jair Bolsonaro et Fernando Haddad, sont aussi ceux qui suscitent le plus de rejet, une situation qui pourrait réduire leur marge de manoeuvre, une fois au pouvoir le 1er janvier 2019.

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