Le groupe Doux, en liquidation judiciaire, attend son repreneur

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Le volailler finistérien Doux, victime de son manque de compétitivité dans un environnement international de plus en plus difficile, a été placé mercredi en liquidation judiciaire mais pourra poursuivre son activité dans l'attente d'un repreneur.

Le tribunal de commerce de Rennes a ouvert mercredi une procédure de liquidation judiciaire assortie d'une poursuite d'activité jusqu'au 31 mai 2018.

Le volailler, repris en 2016 par le deuxième groupe coopératif français Terrena, perd plus de 35 millions d'euros par an.

Dans son jugement, le tribunal prend acte de l'état de cessation de paiements des quatre sociétés du groupe et prononce la poursuite d'activité "dans la perspective de chercher des repreneurs".

Son éventuelle condamnation à verser quelque 80 millions d'euros par la justice administrative dans le cadre d'un contentieux européen a vocation à figurer à son passif, a précisé le tribunal. Mais "il y a de fortes chances que cette créance ne soit pas réglée", a précisé à l'AFP une source proche du dossier.

Les candidats à la reprise ont jusqu'au 14 avril à 17H00 pour déposer leurs offres, qui seront examinées le 15 mai. Le tribunal rendra son délibéré le 18 mai.

"C'est un tournant, une page qui se tourne, la fin de Doux tel qu'il existait depuis 1955", a réagi Nadine Hourmant, déléguée syndicale FO.

"On espère maintenant que ça va aller vite car tout cela est lourd pour les salariés", a indiqué Patricia Le Bars, déléguée CFDT. "Il faut qu'ils sachent s'ils sont repris, avec qui et où".

Deux offres de reprise ont déjà été déposées dans le cadre d'un processus dit de "prepack cession" (cession préétablie), qui permet d'accélérer le calendrier en arrivant face à la justice avec déjà plusieurs projets de reprise.

Alors que l'agro-industriel ukrainien MHP était le seul repreneur connu jusqu'à la semaine dernière, le groupe français LDC a déposé une offre surprise le 29 mars en s'alliant avec Terrena, le groupe saoudien Al-Munajem, premier client de Doux, et la société Les Volailles de Plouray.

- "Reconquête" -

Le projet de ce consortium, composé des principaux acteurs français de la filière avicole, permettrait de conserver 920 emplois sur 1.187. Il proposerait par ailleurs 418 offres de reclassement aux autres salariés de Doux, soit plus d'offres que de salariés pour ceux n'étant pas repris directement.

"Notre stratégie, c'est vraiment la reconquête des produits pour le marché français", a expliqué mardi Denis Lambert, le PDG de LDC, à l'issue d'un Comité central d'entreprise (CCE) au siège du groupe Doux, à Châteaulin (Finistère).

"A partir du moment où on nous a dit +une solution pour le marché français est peut-être possible+, là, effectivement, on a pu construire une offre en une dizaine de jours".

"Notre proposition, c'est justement, avec les salariés qui feront le choix de venir chez LDC, de (...) leur apprendre ce nouveau métier (...) de la découpe plutôt que de la pièce entière, du poulet entier, qui est aujourd'hui le métier du groupe Doux historique", a précisé M. Lambert.

"Il y a des salariés qui vont rester sur le carreau, à Chantonnay et au siège administratif à Châteaulin" qui emploie 124 salariés, a nuancé de son côté Nadine Hourmant (FO), qui dit aussi attendre "des garanties de la part d'Al Munajem". Les salariés craignent qu'il ne cherche à s'approprier la marque sans s'engager à long terme sur l'activité.

Doux, 3ème acteur mondial de la volaille à l'export, réalise environ 80% de son chiffre d'affaires à l'étranger, principalement du poulet congelé.

Quant au volailler ukrainien MHP, il a confirmé son offre et sa volonté de développer un projet qui "permettrait la sauvegarde immédiate d'environ 285 postes auxquels s'ajouteraient environ 430 postes" au démarrage d'une nouvelle unité de production à Châteaulin, pour laquelle MHP investirait 76 millions d'euros "d'ici deux ans".

"Il s'agit d'un changement complet de stratégie", avait précisé la porte-parole du groupe, en "abandonnant la production de certains produits congelés destinés à l'exportation, remplacés par des produits frais pour le marché français", a-t-elle ajouté. Mais les syndicats s'inquiètent là encore d'une volonté de mainmise sur la marque au détriment de l'emploi.

Terrena a estimé à 100 millions d'euros les besoins de Doux pour changer de modèle économique via des investissements industriels, en marketing, communication, et recherche.

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