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Les "cars Macron" veulent transformer l'essai après la grève des trains

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Ouibus, filiale de la SNCF, est l'une des trois compagnies qui se partagent le marché des autocars interurbains en FranceKENZO TRIBOUILLARD

La longue grève des cheminots a beaucoup fait pour les "cars Macron" qui ont vu leur activité s'envoler au deuxième trimestre, et espèrent maintenant garder les nouveaux passagers qu'ils ont pris au train.

Trois compagnies se partagent le marché --toujours déficitaire-- des autocars interurbains, libéralisé à l'été 2015 par l'alors ministre de l'Economie Emmanuel Macron: l'allemand FlixBus, Isilines (filiale de Transdev) et Ouibus, filiale de la SNCF.

Pour elles, le conflit social qui a perturbé la circulation des trains deux jours sur cinq pendant tout le deuxième trimestre a été du pain bénit.

Déjà en progression à deux chiffres, le nombre de voyageurs transportés s'est envolé entre avril et juin: Isilines évoque un bond d'environ 35%, Ouibus de 44% et FlixBus de carrément 60%.

"Grosso modo, les jours de grève, on a fait +fois 2+", s'enthousiasme Hugo Roncal, le directeur général d'Isilines.

"On ne s'attendait pas à un tel raz-de-marée, notamment en avril", reconnaît-il. "Bien sûr, on s'était préparé, mais les résultats ont dépassé nos attentes!"

Les trois compagnies ont dû sur certaines destinations doubler les départs pour répondre à cette demande subite. D'où une certaine surchauffe quand il a fallu affréter des véhicules supplémentaires. "La SNCF était prête à payer des prix stratosphériques pour assurer des cars de substitution", témoigne M. Roncal.

Tout étant aussi une question d'échelle, relativise-t-il: "Quand vous avez 4 millions de personnes qui prennent les trains tous les jours, un petit déport est énorme sur le marché de l'autocar qui en transportait 8 millions par an."

Flixbus revendique 12 millions de voyageurs transportés depuis la libéralisation du marché en 2015, liaisons internationales comprises, Ouibus 10 millions et Isilines environ 5 millions.

Surtout concentrée au début de la grève sur les axes desservis par le TGV, la vague des nouveaux voyageurs est évidemment un peu retombée alors que le mouvement des cheminots faiblissait, le flux se répartissant aussi sur les routes des Intercités ou les axes transversaux.

- Clientèle professionnelle -

Les trois acteurs ont commencé à regarder d'un peu plus près qui étaient ces clients qui n'avaient jamais pris l'autocar.

"On estime qu'il y a environ 100.000 nouveaux clients, additionnels, qui ne seraient jamais venus sans la grève", avance Yvan Lefranc-Morin, le directeur général de Flixbus France. "Parce qu'il y a beaucoup de gens qui sont venus prendre des cars un peu contre leur gré!"

Chez Ouibus, le directeur général Roland de Barbentane compte 170.000 nouveaux clients les jours de grève, sur 300.000 personnes gagnées sur le trimestre. "On a doublé le nombre de voyageurs professionnels", relève-t-il en particulier.

Les trois dirigeants pointent les bons retours des enquêtes de satisfaction, après cette découverte parfois contrainte de l'autocar.

"L'image qu'ils en avaient était très différente de la réalité du terrain. Il y a beaucoup de gens qui se sont rendus compte que ce n'était pas si terrible que ça de voyager en car, et que c'était plutôt confortable", souligne M. Lefranc-Morin.

S'il ne fait aucun doute que l'été sera bon, l'heure de vérité viendra sans doute à la rentrée. Et les trois concurrents n'ont qu'un mot à la bouche, pour convertir définitivement ces nouveaux passagers: la qualité.

"On a mis en place un certain nombre d'actions marketing pour les inciter à revenir, avec des promotions, des bons de réduction... On n'en gardera certainement pas 100.000, mais l'enjeu pour nous, c'est de réussir à en garder", pointe Yvan Lefranc-Morin chez FlixBus.

"Comme d'habitude, on fait en sorte d'avoir un produit de grande qualité, avec des capitaines (chauffeurs, NDLR) chaleureux, sympathiques. C'est essentiel", renchérit M. de Barbentane. Il veut notamment lancer de nouvelles offres, comme une option permettant de choisir son siège.

Pas question en tous cas d'augmenter les tarifs... Et si les prix moyens ont grimpé pendant la grève des cheminots, explique-t-on dans la profession, c'est parce que les derniers sièges vendus sont plus chers que les premiers. Or, les autocars ont été très remplis.

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