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Les Etats-Unis boudent l'ère du train à grande vitesse

Les Etats-Unis boudent l'ère du train à grande vitesse
Un train à grande vitesse Acela quitte la gare de Washington en avril 2008NICHOLAS KAMM

L'abandon probable du projet de train à grande vitesse entre San Francisco et Los Angeles illustre la difficulté de développer ce mode de transport aux Etats-Unis, où il rencontre une myriade d'obstacles politiques, économiques et culturels.

Aux Etats-Unis, il est loin le temps où le chemin de fer était conçu comme un formidable outil de conquête de l'Ouest accompagnant la ruée vers l'or.

Aujourd'hui, le transport ferroviaire de passagers n'y a pas la cote: le soutien politique est faible; les Américains lui préfèrent la voiture ou l'avion; et les lobbyistes sont à la manoeuvre, comme ceux du transport de marchandises, qui redoutent de devoir partager les lignes ferroviaires.

"Le Congrès est pollué par des intérêts financiers particuliers --en majorité émanant des secteurs pétroliers, de l'aviation et de l'automobile-- qui s'efforcent depuis des années d'empêcher tout investissement dans le rail", explique Andy Kunz, président de l'US High Speed Rail Association, un lobby en faveur des lignes à grande vitesse.

Alors que la Chine a édifié en quelques années le plus long réseau de trains à grande vitesse du monde, à coup de centaines de milliards de dollars d'investissements, les Etats-Unis ne sont toujours pas près d'entrer dans l'ère du train à grande vitesse.

Le nouveau gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, a ainsi annoncé mardi son intention d'abandonner le projet de TGV qui devait sillonner la Californie du nord au sud, invoquant le principe de réalité: c'est trop coûteux et trop long.

"Il ne fait aucun doute que l'économie et la qualité de vie dans notre Etat dépendent de l'amélioration des transports", a-t-il reconnu.

Mais face à un projet dont le coût a augmenté de 20% (désormais 77 milliards de dollars) et les délais de réalisation ont été allongés (au mieux en 2033 contre 2029), il s'est résolu à n'achever pour l'heure que la liaison amorcée entre Merced et Bakersfield, deux villes de la Central Valley, région agricole relativement enclavée.

- "Intérêt national" -

"La Central Valley a toujours fait partie de la phase 1" du projet complet, a réagi Andy Kunz, convaincu que la Californie toute entière finira par être dotée de son propre TGV, quand la ligne Bakersfield-Merced "aura démontré sa viabilité" et que les Américains auront pris goût à ce mode de transport très populaire en Europe, en Chine et au Japon.

La Californie est l'Etat le plus riche et le plus peuplé des Etats-Unis, avec environ 40 millions d'habitants. En 2008, ses électeurs avaient autorisé par référendum un investissement d'environ 10 milliards pour le financement partiel de 830 km de ligne à grande vitesse entre San Francisco (nord) et le bassin de Los Angeles (sud).

"La Californie a dû annuler son projet (...) après avoir (...) gâché des millions de dollars", a tempêté Donald Trump dans un tweet mercredi, exigeant le remboursement des trois millions et demi appartenant au gouvernement fédéral.

Andy Kunz souligne, lui, que le projet californien est d'un "intérêt national", citant les enjeux: décongestionner les routes et les milliers d'aéroports, réduire la pollution...

Mais les gouvernements sont réticents à financer des projets très coûteux et dont la mise en oeuvre se heurte à la législation américaine.

"Il est extrêmement difficile pour les gouvernements de contraindre les particuliers à vendre leurs terres", explique Jacob Kirkegaard, expert au Peterson Institute for International Economics.

- La voiture, tout un symbole -

Si en Europe, les Etats peuvent invoquer l'intérêt général, aux Etats-Unis, les lois défendent les droits individuels. Du coup, tout grand projet d'infrastructure s'expose à des procédures judiciaires interminables entraînant des surcoûts tels qu'ils compromettent leur viabilité.

En outre, "en raison de la géographie du pays, les trains à grande vitesse ne sont pas les moyens de transport les plus évidents", estime Jacob Kirkegaard. Il note que dans une ville tentaculaire comme Los Angeles, parcourir une heure trente pour prendre un train pourrait être rédhibitoire.

Et puis, et surtout, les Américains sont particulièrement attachés à leur voiture, symbole absolu de leur liberté individuelle. Avec des prix de l'essence très attractifs, ils ne sont pas non plus découragés à l'utiliser.

"Il n'y a aucun doute que la voiture et le maillage très étendu des infrastructures (routières) est un problème pour évoluer (...) vers un transport de masse public utilisant des trains à grande vitesse", conclut Jacob Kirkegaard, "pas particulièrement optimiste" pour l'avenir du TGV aux Etats-Unis.

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