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Les indemnités de départ du président de TechnipFMC hérissent le gouvernement

Les indemnités de départ du président de TechnipFMC hérissent le gouvernement
Le PDG de Technip Thierry Pilenko au cours d'une conférence de presse le 21 Mars 2019 à Paris FRANCOIS GUILLOT

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a fustigé jeudi le comportement du PDG de TechnipFMC, qui devrait quitter le groupe parapétrolier en mai avec 14 millions d'euros d'indemnités, malgré la perte record enregistrée par l'entreprise l'an dernier.

"Quand on laisse des pertes derrière soi, on ne part pas avec des primes. C'est inacceptable, c'est intolérable", a martelé M. Le Maire lors d'un discours de clôture des Rencontres de l'entreprise, organisées à l'Assemblée nationale.

"Personne ne peut comprendre ce genre de comportement", a ajouté le ministre, en précisant avoir appris jeudi matin -- "en allumant la radio" -- le versement de ces "bonus conséquents", jugés "intolérables pour nos compatriotes".

Selon BFM Business, qui a révélé l'information, le patron de TechnipFMC, Thierry Pilenko, quittera à compter du 1er mai le groupe franco-américain, avec un paquet global "de 14 millions d'euros", entre indemnité de départ, clause de non-concurrence et éléments de rémunération différés.

Cette rémunération intervient alors que la société, issue de la fusion entre le français Technip et l'américain FMC en 2017, a subi une perte nette de 1,9 milliard de dollars en 2018, après avoir dégagé un bénéfice de 113 millions en 2017.

Contacté par l'AFP, TechnipFMC a justifié les émoluments de son futur ex-président, âgé de 61 ans, en évoquant une rémunération liée au travail accompli à la tête de Tecnhip depuis plusieurs années, et non une "prime de départ".

"M. Pilenko recevra une indemnité d'un montant de 1,98 million d'euros, équivalent à une année de rémunération annuelle (fixe+bonus), et il est soumis à une clause de non concurrence, indemnisée à un montant équivalent et qui court jusque fin 2020", a affirmé un porte-parole du groupe.

Selon ce porte-parole, l'indemnité totale sera de "3,96 millions d'euros". "Pour le reste, il s'agit d'éléments de rémunérations attribués à M. Pilenko depuis 2010 dans le cadre de ses fonctions de PDG de Technip puis de celles d'executive chairman de TechnipFMC", a-t-on précisé.

"Cela recouvre des actions de performance et des stock options validées en Assemblée générale par les actionnaires", a poursuivi le porte-parole, niant toute irrégularité. L'indemnité versée "respecte les recommandations du code Afep-Medef", a-t-il insisté.

- "prime à l'échec" -

Ce code de bonne gouvernance, instauré en 1995 par l'Association française des entreprises privées (Afep) et le Medef, fixe des règles pour la rémunération des dirigeants de grandes entreprises. Ces règles n'ont toutefois qu'une valeur morale, et ne sont pas contraignantes.

"Au-delà des codes, au-delà des règles, au-delà des décisions que nous prendrons, c'est à chaque chef d'entreprise de s'interroger sur son comportement, car le comportement d'un seul peut hélas entacher la réputation de tous", a souligné jeudi Bruno Le Maire.

Le ministre de l'Economie, qui a indiqué s'être entretenu de la question jeudi matin avec le patron de la banque publique d'investissement BPIfrance, qui détient 5,5% de TechniFMC, a précisé qu'il aborderait également le sujet avec le patron de l'Afep, Laurent Burelle.

Un peu plus tôt, le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux avait lui aussi critiqué le versement de fortes indemnités à M. Pilenko. "Si les faits décrits sont exacts, c'est une prime à l'échec et c'est totalement inacceptable", avait-il dénoncé.

"Si la société est cotée en France, c'est la seule réserve, on a un comité qui peut se prononcer. Ça avait été le cas sur le parachute doré du patron de Carrefour, qui y a renoncé immédiatement. Donc on est capables de faire de l'auto-régulation", avait-il toutefois assuré.

La question des indemnités versées aux grands patrons a donné lieu à de multiples polémiques ces dernières années, certains regrettant le manque d'efficacité du code Afep-Medef, jugé trop peu contraignant.

Ces critiques ont poussé le patronat à renforcer son code de bonne gouvernance, en lui donnant la possibilité de recourir au "name and shame" (nommer et faire honte) pour les entreprises qui ne respecteraient pas ses remarques.

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