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Les sangliers, pomme de discorde entre agriculteurs et chasseurs

Les sangliers, pomme de discorde entre agriculteurs et chasseurs
Sangliers dans une zone cultivée de La Petite-Pierre (Bas-Rhin) le 2 septembre 2010FREDERICK FLORIN

Des hivers plus doux, des glands et du maïs en abondance: les sangliers pullulent en France, au grand dam des agriculteurs dont ils ravagent les cultures et des chasseurs qui disent ne plus pouvoir assumer les dégâts.

Comme ailleurs en Europe, la population de sangliers s'est multipliée dans l'Hexagone au cours des dernières décennies: 36.000 étaient tués au début des années 1970, 750.000 en 2017.

Les raisons de cette explosion démographique? Les sangliers se reproduisent vite et les hivers plus doux favorisent la survie des petits. Leurs prédateurs naturels ont été éliminés. Ces omnivores bénéficient d'une nourriture en forêt (glands, châtaignes, faines), mais aussi dans les champs. Ils sont friands de maïs cultivé sur des surfaces étendues en France, peuvent facilement se cacher dans les grandes parcelles et s'adaptent également bien aux zones périurbaines.

Pendant longtemps, la chasse de cet animal rare dans l'après-guerre, s'est faite "de façon à en assurer la préservation voire le développement", soulignait en mars un rapport parlementaire. C'est-à-dire en évitant de tuer les adultes reproducteurs, en particulier les laies, en relâchant des sangliers dans la nature ou en les nourrissant.

S'en est suivie une augmentation des dégâts agricoles, en particulier sur le maïs, le blé tendre et les prairies, au point que Christiane Lambert, présidente du premier syndicat agricole, la FNSEA, a reproché publiquement aux chasseurs de ne pas en faire assez.

Les chasseurs sont chargés d'indemniser les agriculteurs. Pour la saison de chasse 2016-17, ils ont ainsi payé 37 millions d'euros au titre de l'indemnisation "grand gibier", dont le sanglier est le principal responsable. En ajoutant les coûts d'estimations des dégâts, des gestions de dossier et d'actions de prévention, la facture grimperait à 60 millions, selon le rapport parlementaire.

"Ces problèmes ne sont pas répartis également sur le territoire", précise à l'AFP Eric Marboutin, de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Les dégâts se concentrent dans l'Est et le centre: "19 départements concentrent 50% des montants indemnisés", selon le rapport parlementaire.

- Tirer tous les sangliers? -

"Nous ne sommes plus en mesure financièrement de payer", s'alarme Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), qui abordera le sujet lors de l'assemblée générale de l'organisation mardi et mercredi.

Il existait un pot commun national pour ces indemnisations. Mais il vient d'être supprimé par le gouvernement au profit d'un système de dédommagements au niveau local, dans l'idée de responsabiliser davantage les fédérations de chasse départementales.

"Il y a plein de territoires qu'on ne maîtrise plus", assure Willy Schraen, citant les zones périurbaines où il est impossible de chasser avec des armes à feu car trop dangereux, des espaces naturels protégés ou des forêts où les propriétaires refusent la chasse.

"On souhaite changer la loi", dit-il, pour ne plus être les seuls à payer le montant des dégâts.

Thierry Chalmin, qui suit le dossier à la FNSEA, réclame le "tir libre du sanglier", c'est-à-dire que les chasseurs n'épargnent plus les reproducteurs ni les femelles ayant des petits, et si besoin le recours au piégeage en zone péri-urbaine.

Le rapport parlementaire va dans ce sens en recommandant de "bannir toute consigne restrictive pour la chasse", mais aussi de réduire la taille des parcelles agricoles pour limiter les possibilités de se cacher pour les sangliers.

Outre les dégâts dans les champs, la prolifération des sangliers inquiète les agriculteurs à cause de la menace de la peste porcine, maladie virale très contagieuse (non transmissible aux humains), présente en Belgique. "Ce serait une catastrophe pour les éleveurs de porcs", insiste Thierry Chalmin.

Le ministère de la Transition écologique, de son côté, met en avant des mesures prises récemment: interdiction de lâcher des sangliers dans la nature, limitation de l'agrainage, qui consiste à appâter le gibier avec du grain en forêt ou responsabilisation financière des fédérations départementales.

Reste à régler l'épineuse question financière, selon les chasseurs qui attendent à leur AG le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Emmanuelle Wargon et la présidente de la FNSEA.

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