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Loi alimentation: l'agriculture, pot de terre du débat ?

Loi alimentation: l'agriculture, pot de terre du débat ?
Moissonneuse-batteuse dans un champ de blé à Lignieres-la-Carelle (ouest), le 10 août 2013JEAN-FRANCOIS MONIER
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Pots de terre contre pots de fer, les paysans peinent à imposer leurs intérêts dans la discussion parlementaire sur la loi alimentation face aux géants de la distribution ou de l'agroalimentaire.

Depuis le début de la discussion mardi, une bataille d'amendements fait rage sur le texte, censé permettre aux 450.000 agriculteurs français de vivre de leur métier tout en améliorant la qualité de leurs produits et le bien-être des animaux d'élevage.

La loi a été présentée comme une "révolution" par le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert, pour rééquilibrer les relations commerciales biaisées entre producteurs, industriels et distributeurs.

Mais le principal syndicat agricole, la FNSEA, dit avoir reçu une "douche glacée" en découvrant les amendements déposés par le rapporteur du texte, Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse.

"Tous les amendements de M. Moreau vont à l'encontre de l'ambition du texte qui est de relever les prix agricoles" a déclaré à l'AFP Patrick Bénézit, l'un des responsables de la FNSEA. Pour lui, "c'est du jamais vu!"

Même son de cloche à la Confédération paysanne, qui a manifesté mercredi à Paris contre "l'enfumage" de la loi.

Celle-ci se voit "vidée de son sens par des amendements gouvernementaux", et ne permettra pas de "redonner du revenu aux paysannes et aux paysans", souligne son porte-parole, Laurent Pinatel.

Que se passe-t-il donc? C'est pourtant le président de la République qui a affirmé qu'il fallait sauver les agriculteurs, dont la moitié gagnent moins de 350 euros par mois, subventions comprises.

Dès son élection, Emmanuel Macron a lancé les États généraux de l'alimentation qui ont débouché sur le texte en discussion, qui sera mis au vote mercredi prochain.

- "Coup de couteau" -

Si tout le monde est désormais d'accord pour que les prix soient calculés sur la base des coûts de production des agriculteurs, et non plus sur les seuls diktats des grandes surfaces, personne n'est d'accord sur qui va faire le calcul.

"Nous pensions que les interprofessions allaient l'établir et l'imposer, ou l'observatoire des prix et des marges, un organisme indépendant", mais l'amendement de M. Moreau précise que les interprofessions "ne pourront énoncer que des recommandations et ne peuvent pas avoir d'indicateur contraignant", dénonce M. Bénézit.

"Cet amendement pourrait avoir été dicté par la grande distribution, c'est complètement à l'inverse de ce qu'on pouvait attendre" ajoute-t-il. "Et les gens d'Intermarché nous l'ont dit, ils ont déjà embauché des thésards pour calculer eux-mêmes nos coûts de production", relève-t-il.

"On ne s'attendait pas à ce que le rapporteur mette un coup de couteau ainsi dans le dos des agriculteurs", lance-t-il.

"Entre David et Goliath, le risque est que la grande distribution, l'acheteur, exerce des pressions autour du prix, de manière à obtenir des critères plus ou moins pertinents", abonde le député LR Julien Aubert.

Interrogé, le ministère explique que ce sont bien les interprofessions qui calculeront les indicateurs, mais reconnaît que la loi ne précise pas la manière de les prendre en compte. "C'est la loi européenne: un contrat doit être librement discuté entre les parties", fait-on valoir.

"Nous cherchons à aider les producteurs en mettant un peu d'ordre en amont des contrats, et en renforçant les contrôles en aval, mais ils doivent aussi s'aider eux-mêmes en constituant des organisations de producteurs (OP) pour être plus forts" face aux grandes surfaces, fait valoir la même source.

Mercredi, la France insoumise (LFI) votait comme Les Républicains (LR) pour tenter d'obtenir "une économie administrée", tacle une source gouvernementale selon laquelle l’État "cherche à renforcer la dimension entrepreneuriale des exploitations agricoles en leur donnant les moyens de se défendre dans un environnement concurrentiel, mais pas à s'immiscer dans les négociations contractuelles".

Arguments balayés par Michel Biero, numéro 2 de Lidl France, qui prend le parti des paysans bien qu'il représente la distribution: "Cette loi n'est pas suffisante pour défendre les agriculteurs", affirme-t-il à l'AFP. "Il faut absolument imposer des prix minimum garantis et des contrats tripartites, où l'agroalimentaire sera aussi contrainte de travailler sur la base du coût de revient des agriculteurs."

Quant à Michel-Édouard Leclerc, il a publié jeudi soir un billet dénonçant "une OPA de quelques distributeurs et industriels pour pouvoir faire passer des hausses de prix qui n'ont rien à voir avec le sujet". "L'argent n'ira pas aux agriculteurs" a-t-il écrit.

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