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Alors que la Belgique va fermer ses centrales nucléaires, la France voisine projette d'en construire des nouvelles, mais plus petites

Alors que la Belgique va fermer ses centrales nucléaires, la France voisine projette d'en construire des nouvelles, mais plus petites
 
 

Ce mardi 12 octobre, le président Emmanuel Macron a annoncé un plan ambitieux de développement économique appelé "France 2030" qui est censé mettre le pays sur la voie du monde de demain. Hydrogène, semi-conducteurs ou encore batteries électriques, le président français a détaillé les secteurs prioritaires pour "faire émerger les champions de demain", face aux concurrences chinoise et américaine et aux critiques sur le "déclin" de la France. "Si on ne réindustrialise pas le pays, on ne pourra redevenir une nation d'innovation et de recherche", a affirmé le président de la République en présentant, à six mois de l'élection présidentielle, son plan "France 2030" devant près de 200 chefs d'entreprises, ministres, élus, étudiants et chercheurs, réunis à l'Elysée. "Nous devons augmenter la capacité de l'économie français à croître par l'innovation", notamment pour continuer à "financer notre modèle social", a-t-il ajouté pendant un discours prononcé debout et sans notes de près de deux heures, après la diffusion d'un court film retraçant les grands moments de l'innovation industrielle française (TGV, Rafale, nucléaire, Concorde, etc.).

On continuera à avoir besoin de cette technologie

Emmanuel Macron a levé le voile mardi sur des financements pour développer les "petits réacteurs nucléaires", "plus sûrs" et plus rapides à construire, une technologie sur laquelle la France n'est pas en avance. Il a annoncé un investissement d'un milliard d'euros dans l'énergie nucléaire d'ici 2030 pour développer des "technologies de rupture", notamment ces petits réacteurs, dits SMR ("small modular reactors"). Gros avantage des SMR: leur installation reste relativement simple, en contraste avec les difficultés de certains grands projets comme celui du réacteur nucléaire de nouvelle génération EPR de Flamanville (Manche) qui accumule retards et surcoûts. La puissance de ces petits réacteurs ne dépasse par les 300 mégawatts, contre plus de 1.000 MW pour les réacteurs nucléaires classiques. Ils sont modulables, conçus pour être fabriqués en série en usine puis transportés sur le lieu de leur exploitation.

A l'heure actuelle, seul un avant-projet de petit réacteur nucléaire baptisé "Nuward" est en cours de développement en France. Il doit permettre la création d'un prototype de SMR sur le sol français à l'horizon 2030, qui devrait ensuite servir de démonstrateur à l'export. La France affiche cependant du retard dans la course à ces petits réacteurs alors que la Russie a déjà mis en service deux SMR flottants pour alimenter en électricité des zones reculées et que des démonstrateurs devraient voir bientôt le jour aux États-Unis et au Canada.

"On continuera à avoir besoin de cette technologie", a tranché Emmanuel Macron au sujet du nucléaire, alors que le débat politique sur le renouvellement du parc énergétique français repart à six mois de l'élection présidentielle.

"L'objectif numéro un, c'est de faire émerger en France, d'ici 2030, des réacteurs nucléaires de petite taille innovants, avec une meilleure gestion des déchets", a ajouté le président.

Et les énergies renouvelables?

"Les SMR sont le nouveau mirage du nucléaire pour faire oublier le fiasco industriel et économique de l'EPR partout dans le monde", a réagi Nicolas Nace, de Greenpeace France, après les annonces présidentielles. Selon lui, les SMR ne seront pas prêts avant "au mieux 2035, beaucoup trop tard pour répondre à l'urgence climatique", et "n'offrent pas de réelles solutions face à la question majeure des déchets radioactifs".

Du côté des industriels du nucléaire, la satisfaction préside. "La filière du nucléaire va permettre de réindustrialiser la France et de décarboner l'énergie alors que la demande va augmenter", a affirmé Cécile Arbouille, déléguée générale du Groupement des industriels français de l'énergie nucléaire (GIFEN), alors que la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, estime à 20% la croissance de la demande d'électricité d'ici 2035. "On peut aussi imaginer utiliser les SMR en France", a ajouté Mme Arbouille, bien qu'ils soient d'abord voués à l'export.

Les avis des syndicats sont eux plus contrastés, alors que la décision sur la construction de six nouveaux EPR en France n'est pas prise. "On soutient le SMR, mais on ne l'oppose pas à l'EPR", a indiqué Alexandre Grillat, secrétaire national CFE-CGC Energies, qui appelle maintenant le Président Macron a donner "de la visibilité à toute la filière".

Comme lui, Virginie Neumayer (CGT) est attachée au développement de l'EPR: "on a besoin du parc actuel et également de lancer un grand programme pour redonner vie à un tissu industriel".

"Avoir à la fois un EPR pour la production de masse et un SMR pour la production locale, ce n'est pas une mauvaise idée, mais ce qui nous dérange, c'est la part du nucléaire, explique pour sa part Sébastien Michel, délégué fédéral de la fédération CFDT Chimie Énergie. Il faut faire la part belle aux énergies renouvelables." "On va développer un système local alors que nous sommes pour la défense d'un système national", déplore Nelly Breheret, déléguée syndicale centrale FO au sein d'EDF et attachée à la péréquation tarifaire.


 




 

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