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Mal-logement: ex-détenus, enfants placés et malades psychiatriques, les "abandonnés" de l'Etat

Mal-logement: ex-détenus, enfants placés et malades psychiatriques, les
Une tente et quelques affaires d'une personne sans abri près d'un arrêt d'autobus, le 29 décembre 2017 à ParisSTEPHANE DE SAKUTIN

Ils sortent de prison, d'hôpital psychiatrique ou de familles d'accueil et se retrouvent, du jour au lendemain, à la rue. La fondation Abbé Pierre alerte, dans son rapport annuel, sur la situation de ces "abandonnés" de l'Etat, qui représentent près d'un tiers des SDF.

"Des milliers de personnes chaque année subissent des fins de prise en charge par des institutions sans solution de logement à leur sortie", souligne le document publié vendredi. "Cet abandon institutionnel est une cause majeure de perte de domicile".

Près d'un SDF sur cinq (19%) dit avoir perdu son logement après une hospitalisation ou une incarcération. Et plus d'une personne sans domicile sur quatre (26%) née en France est un ancien enfant passé par l'Aide sociale à l'enfance (ASE) - soit plus de 10.000 personnes -, alors que ce public ne représente que 2 à 3 % de la population générale.

"Ces +sorties sèches+ constituent une source de ruptures résidentielles d'une grande violence pour des personnes particulièrement vulnérables", s'alarme la fondation Abbé Pierre (FAP).

Et le phénomène peut toucher plusieurs dizaines de milliers de personnes, puisque chaque année en France, 170.000 jeunes sont placés, 68.000 personnes sortent de prison et 420.000 patients sont hospitalisés en psychiatrie.

"L'accès au logement cristallise l'incapacité fréquente des institutions à anticiper les sorties", analyse la FAP, les professionnels de ces trois services publics, "en crise", dénonçant le manque de moyens pour assurer un suivi social des personnes.

"Au regard des coûts importants que représente la prise en charge des personnes dans ces trois institutions, ne pas préparer convenablement et dignement leur sortie représente un immense gâchis humain, et même en termes de finances publiques", résume la fondation Abbé Pierre.

- 12 millions de personnes en difficulté -

Plus généralement, le mal-logement frappe aujourd'hui quatre millions de personnes dans l'Hexagone. Douze millions de personnes éprouvent des difficultés pour se loger, qu'il s'agisse de précaires énergétiques, de ménages subissant un prix du logement trop élevé ou menacés d'expulsion, précise le rapport de la FAP, qui met en cause la politique du logement menée par le gouvernement.

"On ne dit pas que rien n'est fait", dit le délégué général de la FAP Christophe Robert, faisant référence notamment au plan Logement lancé l'an dernier et pour toute la durée du quinquennat d'Emmanuel Macron. Ce plan vise à sortir les sans-abri de la rue, en leur donnant directement un logement, sans passer par la case centres d'hébergement, saturés.

Vendredi, le ministère du Logement a annoncé que, dans le cadre de ce dispositif, 70.000 personnes sans domicile ont trouvé un logement durable en 2018.

"C'est bien dans l'esprit, mais si, d'un autre côté, on continue les coupes dans les APL (aides au logement, NDLR) et les aides à la construction des logements sociaux, on n'y arrivera pas", a assené Christophe Robert, lors de la présentation du rapport, en présence du ministre du Logement Julien Denormandie.

Le ministre a annoncé vendredi que le nombre de logements sociaux financés en métropole, indicateur de la construction future, a baissé en 2018.

Par ailleurs, la France compte 600.000 logements indignes, selon la FAP, 420.000 selon le ministère du Logement. Le 5 novembre, l'effondrement de deux immeubles insalubres rue d'Aubagne, dans le centre de Marseille, avait fait 8 morts.

"Nous demandons au gouvernement que soit mis en place un plan de lutte contre l'habitat indigne, avec un objectif de suppression de 60.000 logements insalubres par an, pour que ce fléau soit éradiqué au bout de dix ans", a asséné Christophe Robert.

Selon M. Denormandie, un point sera fait fin mars avec les départements, chargés d'évaluer la situation localement.

"C'est une question d'ambition politique", a insisté M. Robert. Celui-ci s'interroge par ailleurs sur les suites qui seront données au débat national lancé par Macron, en réponse à la crise des "gilets jaunes". "Le gouvernement sera-t-il prêt à adapter sa politique du logement et investir par exemple dans la lutte contre la précarité énergétique ?" a-t-il demandé.

Selon la FAP, 7.000 logements présentent des charges élevées et la France compte 7 millions de "passoires thermiques". "Si on baisse les charges des ménages, on augmente leur pouvoir d'achat tout en protégeant la planète et on crée des dizaines d'emplois", a expliqué Christophe Robert.

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