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Maria Grazia Chiuri: la danse offre "un autre regard" sur la mode

Maria Grazia Chiuri: la danse offre
L'Italienne Maria Grazia Chiuri, directrice artistique chez Dior, le 24 septembre 2018 à ParisFRANCOIS GUILLOT
Mode

Liberté, mouvements naturels et touche humaine dans un monde de plus en plus virtuel: Maria Grazia Chiuri, directrice artistique des collections femme de Dior, veut porter un autre regard sur la mode en associant son défilé à un spectacle de la danse contemporaine.

Q D'où vient l'inspiration pour cette collection?

R Elle est inspirée de la danse parce que M. Dior avait un lien très fort avec la danse, il a fait des costumes pour de nombreux ballets.

D'où l'intérêt de faire un projet avec une chorégraphe (Sharon Eyal) qui a une vraie troupe parce que les femmes dans le passé ont beaucoup influencé et révolutionné la danse. Isadora Duncan, Loïe Fuller, étaient très ouvertes à la danse moderne.

En partant de cette inspiration, j'ai proposé à Sharon de faire des choses ensemble, un show et un défilé. Ce n'est pas un défilé traditionnel.

Nous avons eu l'idée de la liberté. Les vêtements sont très légers, il y a beaucoup de tulle. Le look classique Dior est devenu plus léger.

Danser est une chose naturelle, cela fait partie de toutes le cultures. Nous avons essayé de donner à tous les vêtements une touche humaine.

En ce moment tout paraît virtuel, mais chez nous les choses sont souvent faites à la main dans des ateliers. Les imprimés floraux Dior, les effets tye and dye sur les tissus, tout est fait à la main. Notre technique est très couture, exclusive, pas industrielle.

Une jupe ne sera jamais comme une autre. Cela reflète la singularité de chaque personne, comme chaque personne danse de façon unique. C'est ça la diversité.

Q Pourquoi avez-vous décidé de défiler de cette manière?

R Dans la danse le côté naturel est primordial, tous les peuples dansent de façon différente, les enfants dansent aussi. Mais il y a aussi l'aspect de la discipline, de la rigueur dans la relation avec son corps. La mode en parle aussi, les vêtements sont liés au corps, c'est une chose très personnelle.

Dans la mode il faut de la créativité mais aussi beaucoup de discipline.

Il y a plusieurs aspects en commun. Je me suis très bien entendue avec Sharon. C'est une collaboration avec une autre femme qui vient d'un autre monde et a un point de vue différent.

C'est très utile de partager ce type d'expériences créatives, cela permet d'avoir un autre regard sur la mode. Pendant les défilés les gens passent souvent leur temps à prendre des photos avec leurs téléphones et ratent le moment. Je voudrais que cette fois, ils le vivent différemment.

Q Comment se traduisent dans la collection la discipline et la liberté?

R La discipline est dans la construction des vestes, elles sont faites de façon très traditionnelle Dior, d'après des critères bien précis.

La liberté est dans les looks que nous avons créés. Nous ne voulons pas créer des séquences, une série, typiques pour les défilés. Chaque look est spécifique pour chaque modèle.

Le style Dior peut être créé de manière plus contemporaine: une veste du tailleur bar peut se porter avec un pantalon cargo sportif, une jupe de tulle avec une veste en coton militaire rebrodée.

La danse c'est trouver ses propres mouvements, le langage de son coeur, de son âme. Dans ce sens nous dansons tous.

Les jupes sont longues, la collection s'inspire de la danse moderne, non de la danse académique, Toutes ces danseuses qui ont inspiré la collection étaient contre la danse académique qui imposait les pointes et des mouvements qui n'étaient pas naturels.

Presque toutes, elles dansaient pieds nus, pour être en contact avec la terre pour cet aspect naturel.

Pour le défilé nous avons fait des talons transparents en Plexiglas. Nous avons voulu donner l'illusion que les modèles marchaient pieds nus.

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