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Mark Stucky, profession: astronaute dans le privé

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Mark Stucky a fait la guerre d'Irak, frôlé un bombardier soviétique au-dessus de la mer du Japon et piloté toutes sortes d'avions expérimentaux, mais son nouveau rêve est de faire chaque semaine le même trajet, dans le même avion, avec six passagers derrière lui.

"Forger", comme il est surnommé, est pilote d'essai pour la société spatiale Virgin Galactic, fondée par le milliardaire britannique Richard Branson. Aux commandes du vaisseau SpaceShipTwo, il a dépassé pendant quelques minutes la frontière (arbitraire) de l'espace le 13 décembre 2018, au-dessus du désert californien du Mojave - un type de vol que Virgin Galactic espère proposer un jour à des clients de façon hebdomadaire.

"C'est un rêve de pilote d'essai", dit de son travail l'ancien Marine de 60 ans, les yeux perçants sous des cheveux gris coupés courts, de la voix posée et rassurante typique des pilotes américains.

"Je voudrais faire tous les vols", dit-il. Il doit pourtant les partager avec les autres pilotes d'essai de Virgin jusqu'à ce que les vols réguliers ouvrent, pas avant la fin de l'année si tout va bien.

Atteindre l'espace relève encore de la prouesse technologique. Un copilote de Virgin, et ami de Mark Stucky, est mort en octobre 2014 après une fausse manoeuvre en plein vol qui a provoqué la désintégration en altitude de l'engin.

Depuis, le programme est toujours en phase d'essai. Richard Branson affirme qu'il sera suffisamment avancé en juillet pour qu'il prenne lui-même place à bord, mais dans le domaine aérospatial, les retards sont la norme.

Mark Stucky emmènerait-il sa famille avec lui? "Oh absolument, je voudrais tellement le faire", dit-il dans une interview à l'AFP à Washington.

Il se trouvait dans la capitale américaine pour recevoir des "ailes d'astronautes" décernées par l'Administration fédérale de l'aviation aux personnes du secteur privé qui dépassent l'altitude de 50 miles (80 km), considérée comme la frontière de l'espace aux Etats-Unis (la convention internationale est de 100 km). Son copilote Frederick Sturckow a également reçu la décoration. Seuls deux pilotes du prédécesseur de SpaceShipTwo, en 2004, l'ont obtenue.

"Il y aura toujours un certain degré de risque, on va quand même dans l'espace, ce n'est pas rien", dit Mark Stucky, qui a passé la plupart de sa vie professionnelle à piloter des avions pour l'armée et la Nasa, avant de rejoindre Scaled Composites, partenaire de Virgin, en 2009. "Il suffit d'un seul vol raté pour passer de héros à raté".

Mais "l'humanité a besoin d'un pourcentage de gens qui se dépassent, explorent et ouvrent la voie pour les masses".

- "Flotter" -

L'engin qu'il pilote, le SpaceShipTwo, ressemble à un petit avion-fusée. Au sol, il est fixé sous un avion porteur, qui le largue comme une bombe à une altitude proche de celle des avions de ligne.

Quelques secondes après, le pilote allume le moteur. Le vaisseau devient une fusée, un missile, pendant une minute, filant verticalement vers le ciel noir, si haut que la vue couvre du Mexique à toute la côte ouest américaine.

Tout devient silencieux, les passager flottent plusieurs minutes, libérés de la gravité terrestre... puis, comme un boulet de canon qui retombe, SpaceShipTwo redescend sur Terre. A Mark Stucky et son copilote de faire planer l'engin jusqu'au "spatioport" du Mojave.

Certains considèrent ces missions comme de simples... vols en altitude, moins complexes qu'un voyage en orbite.

"Ce n'est pas une impasse technologique", défend Mark Stucky. "C'est une démocratisation de l'espace pour des milliers de gens. Seuls quelques milliardaires extrêmement riches pourraient aller en orbite aujourd'hui". Pour les 600 premiers clients, le billet était de 250.000 dollars; le prix augmentera quand les ventes reprendront.

Virgin Galactic a une rivale: Blue Origin, du patron d'Amazon Jeff Bezos, qui veut envoyer des touristes à 100 km, avec une fusée verticale. Mais parler de "course" est tabou.

"Ce n'est pas très grave s'ils nous battent, tant que ce n'est pas parce qu'on aurait été paresseux. Je veux qu'on fasse de notre mieux, en toute sécurité", dit Mark Stucky.

Dans ce boulot, "Forger" note enfin un inconvénient: "ne pas pouvoir aller à l'arrière. Je voudrais vraiment pouvoir détacher mes sangles et aller flotter".

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