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Mutti, le roi italien de la tomate se veut exemplaire dans un secteur critiqué

alimentation, Italie

Sous le soleil, des milliers de tomates défilent sur des tapis roulants avant de devenir pulpe ou concentré: le roi italien de la tomate transformée, Mutti, se veut exemplaire avec ses producteurs et en terme de qualité, dans un secteur très critiqué.

Dans son usine près de Parme (nord), les camions arrivent d'une centaine de kilomètres maximum à la ronde. Juste avant leur déchargement, un échantillon de 15 kilos est soumis à un test d'une quinzaine de critères. S'ils ne sont pas remplis, le chargement est refusé.

"Nous payons beaucoup plus les agriculteurs en demandant une qualité nettement meilleure", explique à l'AFP Francesco Mutti, quatrième génération à diriger l'entreprise créée par son arrière-grand-père Marcellino il y a 120 ans.

Née dans un des bassins de la tomate, la marque aux deux lions est une "success story à l'italienne". C'est à Mutti que l'on doit le premier tube de concentré de tomates en 1951, puis la première pulpe de tomates concassées en conserve en 1971.

Quand Francesco Mutti succède à son père Marcello en 1994, l'entreprise ne compte que 25 à 30 salariés, pour un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros.

Le bond a depuis été colossal: l'an passé, le groupe, qui emploie désormais plus de 500 personnes auxquelles s'ajoutent 1.200 saisonniers l'été, a enregistré des ventes de 308 millions d'euros, en hausse de 16,7% sur un an.

- "Joie et souffrance" -

Dixième plus grand transformateur de tomates au monde, loin derrière des mastodontes comme Heinz, Mutti détient tout de même une part de marché de 10,6% en Europe.

Il est leader en Italie, avec 29,4% du marché, et aussi en valeur en France (14% du marché) tandis qu'en volume, Panzani l'y dépasse d'un cheveu.

Au premier semestre, "nous avons eu une croissance de 13% et nous voulons maintenir cette croissance" à deux chiffres, explique Francesco Mutti, en reconnaissant que les objectifs de production ne seront pas atteints cette année en raison de conditions climatiques défavorables.

La tomate pour lui ? "Une grande joie mais aussi une grande souffrance", comme ces derniers jours quand l'usine était à l'arrêt à cause de la pluie, reconnaît cet homme jovial de 50 ans, qui porte favoris et bretelles. La tomate "constelle toute (son) existence" et ses souvenirs d'enfance.

Dans un secteur agricole italien à l'image dégradée en raison d'une exploitation de la main-d'oeuvre, avec le phénomène du "caporalato", Mutti a aussi été touché en 2015 quand un ouvrier soudanais est mort alors qu'il travaillait dans un champ des Pouilles (sud) par 40 degrés.

L'entreprise s'est constituée partie civile au procès, car son fournisseur avait assuré respecter les règles sur les conditions de travail.

- Précurseur -

Conséquence: comme elle le faisait déjà dans le nord de l'Italie, Mutti, dont les tomates sont à 100% italiennes, n'achète depuis que des fruits issus de récoltes entièrement mécanisées dans le Sud.

Avec les machines, les plants sont arrachés puis séparés des fruits, limitant la main-d'oeuvre au conducteur et à quelques employés effectuant un premier tri.

Une mesure "éthique" à côté d'autres: un prix payé aux agriculteurs de 12 à 14% plus élevé que la moyenne dans le Nord et jusqu'à 30% dans le Sud; une certification sans OGM; une collaboration avec l'ONG WWF pour réduire son utilisation en eau et son empreinte carbone, et un engagement pour une agriculture durable. Même s'il ne produit du bio que de manière limitée.

Gabriele Boscoli et sa famille travaillent depuis 18 ans pour Mutti.

"Fier" de cette collaboration, il estime que le Pomodorino d'Oro ("La petite tomate d'or"), un prix créé par Mutti pour récompenser chaque année les meilleurs producteurs de tomates, est "très important parce qu'il permet d'avoir une prime et pousse à la qualité".

"La manière dont Francesco Mutti a organisé la filière a été extraordinaire, du pacte éthique avec les producteurs, aux 100% de mécanisation obligatoire pour éviter le +caporalato+, en passant par la certification de l'origine avec la traçabilité des produits ou l'innovation permanente des produits", analyse pour l'AFP Carlo Alberto Carnevale-Maffè, professeur de stratégie à l'université Bocconi de Milan.

"Il a anticipé il y a 10-15 ans la tendance vers la transparence, la traçabilité (...) Il ne l'a pas fait dans une sorte de +green washing+ (bonne conscience verte, ndlr), c'est vraiment son ADN", estime l'économiste.

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