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NDDL: la ZAD entre travaux agricoles et construction de barricades

NDDL: la ZAD entre travaux agricoles et construction de barricades
Un zadiste traverse un champ de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, objet de tirs de gaz lacrymogènes, le 15 avril 2018CHARLY TRIBALLEAU

Entre travaux des champs pour les uns et construction de barricades pour les autres, les zadistes de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) restaient sur le qui-vive mardi, deux semaines après le début des expulsions.

Sur la route des Fosses noires, théâtre de violents affrontements il y a quinze jours, quelques jeunes cagoulés entassent des branchages sur une barricade de fortune, tandis qu'un autre creuse une tranchée à la pioche. "Ça fait longtemps qu'on n'a pas entendu de grenades", plaisante un jeune homme barbu.

A une centaine de mètres, des gendarmes les observent sans bouger à côté d'un véhicule blindé. La veille, comme presque tous les jours, les forces de l'ordre ont dégagé les barricades et rebouché les fossés, dans une version revisitée du mythe de Sisyphe.

Près du champ longeant la route, une banderole annonce: "Parce que d'autres mondes sont possibles! Ils détruisent, nous reconstruirons". Lucas, 29 ans, brasseur aux Fosses noires, passe le broyeur avec son tracteur entre les jeunes arbres du verger, afin d'y semer des céréales. Un peu plus tôt, "Camille", jeune zadiste suisse, a fait de même dans le champ voisin.

"Planter malgré la menace d'expulsion, c'est aussi un geste politique", explique le jeune homme, membre du groupe "oignon" de la ZAD.

Un peu plus loin, une jeune femme ramasse des éclats de grenades lacrymogènes éparpillés entre les herbes hautes. Quelque 11.000 grenades, dont 10.000 lacrymogènes, ont été tirées depuis le début de l'opération.

"Toutes nos prairies ont été noyées de lacrymos", témoigne Romain, 38 ans, dont le troupeau de 25 brebis pâture à quelques centaines de mètres de là. "On va faire du foin pour donner à nos animaux. Je vais avoir du mal à manger ma propre viande cette année", ajoute-t-il.

"On ne peut pas nous demander de monter des projets agricoles sur le papier et nous empêcher de les exercer sur le terrain", ajoute cet habitant de la ZAD.

- "Sur nos gardes"-

Les occupants de la ZAD avaient jusqu'à lundi à minuit pour déposer une fiche nominative présentant leur projet agricole, en vue d'obtenir une régularisation de leur activité.

Une réunion doit se tenir mercredi après-midi à Matignon sur le dossier et devrait décider de l'éventuelle poursuite des expulsions. La préfète des Pays de la Loire, Nicole Klein, a salué mardi dans le dépôt vendredi dernier de quarante dossiers nominatifs par les zadistes "un grand pas vers l'apaisement".

"Le gouvernement veut des projets traditionnels, dans les normes, un truc hyper individualisé et productif. Tout ce qui ne sera pas comme ça, ils voudraient le dégager", estime "Camille".

Comme beaucoup de zadistes, il craint de nouvelles expulsions à l'issue de l'examen des projets agricoles. "Ils veulent nous faire payer notre arrogance d'avoir vécu sans État pendant dix ans", avance ainsi un ancien habitant de la ferme des Cent Noms, détruite au premier jour de l'opération d'expulsion qui mobilise 2.500 gendarmes.

"On est sur nos gardes", raconte aussi Baptiste, artisan crêpier sur la ZAD. "On est encore sous le coup de la colère, en train de panser nos plaies."

Mardi, la route départementale 81 était exceptionnellement ouverte à la circulation, dépourvue de toute barricade. Mais des fossés et d'imposantes barricades, sur lesquelles courent des poules, sont apparus sur les routes et chemins secondaires du bocage nantais.

Pour Basile, jeune zadiste aux cheveux noirs bouclés, "la meilleure manière de lever les barricades, c'est de lever la menace d'expulsion imminente!".

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