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Notre-Dame de Reims, un exemple de reconstruction en béton

Notre-Dame de Reims, un exemple de reconstruction en béton
La charpente en béton armé de la cathédrale de Reims, le 17 avril 2019FRANCOIS NASCIMBENI
architecture

Il y a un siècle, architectes et experts du patrimoine avaient fait le choix audacieux d'une reconstruction en béton armé de la charpente de la cathédrale de Reims, détruite par un bombardement allemand en 1914, qui pourrait inspirer la réflexion pour la restauration de Notre-Dame de Paris.

"En 1914, Notre-Dame de Reims offrait la même image de dévastation que Notre-Dame de Paris aujourd'hui", explique Virginie Thévenin, architecte des Bâtiments de France et conservatrice de la cathédrale du sacre des rois de France.

La similitude est en effet frappante, résumée par le tout premier reportage d'Albert Londres réalisé pour Le Matin le 29 septembre 1914. "Elle est debout mais pantelante. La cathédrale de Reims n'est plus qu'une plaie...", décrivait-il dans un article saisissant.

Comme à Paris, la charpente avait totalement disparu sous l'effet d'un incendie dévastateur, attisé par les bottes de paille entreposées dans la cathédrale, alors transformée en hôpital.

La chaleur avait été telle que le plomb de la toiture avait fondu, recraché sur le sol et dans les égouts par les nombreuses gargouilles du monument. Les voûtes de l'édifice s'étaient écroulées en de nombreux endroits, laissant Notre-Dame de Reims ouverte aux quatre vents.

Dès 1920, sa reconstruction est programmée, portée par une fantastique mobilisation nationale et internationale. Elle durera jusqu'en 1927-1928. Mais comment reconstruire ce monument du XIIIe siécle, notamment sa charpente de bois anciens datant de 1481, reconstruite au lendemain, déjà, d'un premier incendie ?

- Une nouvelle structure ininflammable -

Après la Première Guerre mondiale, "toutes les forêts de l'est de la France, notamment l'Argonne, avaient été dévastées. Même le bois encore sur pied était inutilisable parce que mitraillé d'impacts de balles et d'éclats d'obus", explique Virginie Thévenin. "De plus, il y avait un vrai problème de manque de main d'oeuvre", ajoute-t-elle.

C'est pourquoi l'architecte Henri Deneux fait ce choix, audacieux pour l'époque, de reconstruire la charpente en béton armé, en s'inspirant d'une charpente du XVIe siècle.

Etonnante de légèreté, la structure, ininflammable, est constituée de centaines de fines poutrelles préfabriquées sur place, numérotées et reliées par des clavettes en bois pour garantir la souplesse de l'ensemble. La totalité des poutrelles a été montée à la main par les ouvriers, le chantier n'ayant alors pas nécessité d'échafaudage.

Henri Deneux a appuyé cette charpente sur la structure de base originelle du XIIIe siècle, réapparue à l'occasion de l'incendie de septembre 1914. La charpente s'élance ainsi à plusieurs dizaines de mètres de hauteur mais reste plus légère qu'une charpente en bois. "La charpente que nous voyons aujourd'hui n'était pas celle que voyaient les Rémois avant 1914", note Virginie Thévenin.

Certains puristes locaux prétendent que, désormais, Notre-Dame de Reims ne résonne plus comme avant à cause de cette charpente en béton. Mais l'angoisse de l'incendie a, elle, disparu. La cathédrale n'en reste pas moins "sous surveillance constante", insiste la conservatrice des lieux.

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