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Notre-Dame: main dans la main, ils ont tenté de sauver un "trésor inestimable"

Couronne d'épines, tunique de Saint Louis, reliquaires, fauteuils, tableaux... Alors que Notre-Dame de Paris brûle encore, pompiers, policiers et agents de la Ville de Paris s'échinaient lundi soir à sauver le "trésor inestimable" de la cathédrale, dévastée.

"On a commencé à être affolés parce qu'on a senti le roussi, pas parce qu'on a vu les flammes", explique à l'AFP le vicaire général du diocèse de Paris, Mgr Philippe Marsset.

Lorsque les premières fumées se dégagent dans le ciel, la maire de Paris Anne Hidalgo est en réunion avec son équipe, dans son bureau de l'Hôtel de Ville, à quelques encablures de l'édifice construit entre le XIIe et le XIVe siècle.

Sur place, à peine une heure après le départ du feu qui dévore la toiture du bâtiment le plus visité d'Europe, "le général Jean-Claude Gallet (chef de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, Ndlr) nous explique que ce sera très difficile de sauver la charpente, mais que la priorité sera de sauver des œuvres", rapporte à l'AFP l'entourage de Mme Hidalgo.

Services de la mairie, préfecture de police, pompiers, architectes, conservateurs du Louvre se mettent alors en ordre de bataille pour sauver les œuvres charnières.

"Les conservateurs de patrimoine avaient un plan de prévention qui indiquait dans chaque pièce de l'édifice, celles qui étaient les plus importantes", rapporte l'entourage de la maire.

Mardi matin, le recteur de la cathédrale, Mgr Patrick Chauvet, est encore ému en pensant aux "services de l’État", policiers et pompiers, architectes et conservateurs, arrivés en quelques minutes "et qui, secondés par quelques personnes de la cathédrale et des équipes de la Ville de Paris, ont ouvert une porte" et facilité les opérations.

Les œuvres sont alors évacuées les unes après les autres, derrière la cathédrale, là où des véhicules des agents de la Ville de Paris les attendent pour les emmener à quelques centaines de mètres.

Anne Hidalgo a salué "une formidable chaîne humaine (qui) s'est constituée entre les pompiers, policiers et agents municipaux" sur 200 mètres pour "sauver plusieurs dizaines d'œuvres" dont "la couronne d'épines et la tunique de Saint Louis".

- "Comme une transplantation" -

Pour l'adjoint chargé de la Culture à la mairie, Christophe Girard, "c'était comme si on transportait un cœur pour une transplantation".

"Ils ont accepté au risque de leur vie de protéger ce trésor inestimable", relève Mgr Patrick Chauvet. "Des policiers portaient des croix, des pompiers d'énormes cierges, des tableaux", relève une source proche de la maire.

"Un moment magique", avec "quelque chose de totalement décalé" qui se joue alors que "pompiers sont autour avec des lances incendie". Non loin, impressionnés, "plusieurs policiers se prennent en photo pour garder en souvenir ce qu'ils portent", rapporte un témoin de la scène.

A leur arrivée à l'Hôtel de Ville, dans les trois camions dépêchés par la mairie, "ça sent le brûlé", raconte à l'AFP Justine Heller, 29 ans, et inspectrice de sécurité à la Ville de Paris (ISVP).

Un à un, les objets sont extraits des camions à l'aide de couvertures, et déposés dans la salle Saint-Jean, consacrée aux expositions à l'Hôtel de Ville.

"Qui a fait ces objets vieux de centaines de siècles ? Qui a pu les toucher ? Qui s'est assis sur ce fauteuil?" Dans la tête de Justine Heller, qui porte à bout de bras des chandeliers de 2 mètres de haut et un tableau de valeur, les questions se bousculent, mais elle se sent "honorée" qu'on lui confie la mission de sécurisation.

Quelques heures plus tard, les pièces repartiront une nouvelle fois, en direction du Louvre pour être mises à l'abri.

Et Christophe Girard de citer ces quelques mots de Victor Hugo sur la cathédrale: "C'est une grande flamme désordonnée et furieuse qui peut naître dans Notre-Dame".

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