Ouganda: des femmes vent debout après une campagne touristique jugée sexiste

Ouganda: des femmes vent debout après une campagne touristique jugée sexiste
Le ministre du Tourisme ougandais, Godfrey Kiwanda (c), pose aux côtés de participantes au concours de "Miss Pulpeuse", le 5 février 2016 à KampalaSTRINGER

Des activistes ougandais militant pour les droits des femmes ont demandé jeudi à leur gouvernement de renoncer à une campagne utilisant des images de femmes aux formes généreuses pour attirer les touristes, qui a été accueillie par de vives critiques.

Le ministre du Tourisme, Godfrey Kiwanda, a lancé cette campagne mercredi lors d'une conférence de presse, en compagnie de quelques femmes aux courbes plantureuses.

"L'Ouganda est doté de belles femmes. Leur beauté est unique et diverse. C'est pourquoi nous avons décidé d'utiliser la beauté unique, les courbes (...) pour transformer cette beauté en produit marketing, au côté de ce que nous avons déjà dans ce pays, que ce soit la nature, la langue ou la cuisine, pour en faire une attraction touristique", a expliqué M. Kiwanda jeudi à l'AFP.

La tenue d'un concours de beauté, pour désigner Miss Pulpeuse Ouganda, est prévue en juin dans le cadre de cette campagne.

"La gagnante du concours Miss Pulpeuse prendra part à notre campagne touristique, qui fera de la beauté un élément comme un autre du tourisme", a ajouté le ministre.

Ces déclarations ont déclenché la fureur de nombreuses Ougandaises, qui ont réclamé la démission du ministre.

"C'est de la perversion. Considérer que les femmes peuvent être utilisées comme des objets sexuels à notre époque est une absurdité, que nous condamnons", a déclaré à l'AFP Rita Aciro, directrice générale du Réseau des femmes ougandaises, qui fédère des ONG œuvrant à l'égalité des sexes.

Une entrepreneuse et activiste, Primrose Nyonyozi Murungi, a lancé une pétition en ligne visant à obtenir l'arrêt de la campagne, qu'elle juge "totalement inacceptable et dévalorisante" pour les Ougandaises.

"Des femmes en Ouganda ont été attaquées dans les rues. Ce qui se passe maintenant, c'est que le gouvernement confirme le stéréotype selon lequel les femmes sont des objets sexuels et peuvent être touchées sans que cela pose problème et plus encore transformées en produit touristique", a-t-elle expliqué à l'AFP.

Elle a menacé d'intenter une action en justice si sa pétition n'était pas entendue et la campagne arrêtée immédiatement. Elle a également demandé la démission de M. Kiwanda et des excuses du gouvernement.

L'ancienne cheffe de l'opposition au Parlement, Winnie Kiiza, a estimé dans une déclaration à l'AFP que cette initiative intervenait "à un moment où les femmes sont confrontées à la peur et à la stigmatisation dans une société dominée par les hommes".

"Nous avons été scandalisées par cette campagne où un gouvernement peut parader les courbes des femmes comme une attraction touristique", a-t-elle ajouté.

M. Kiwanda a tenté de répondre aux critiques. "Nous sommes un pays de diversité et nous avons un message à faire passer sur les différentes formes de nos femmes, dont nous pensons qu'elles sont une attraction touristique", a-t-il dit.

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