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Pantin: marche blanche après le suicide de Christine Renon, directrice d'école "solaire"

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Une directrice "solaire", à "l'énergie débordante": des centaines de personnes ont marché samedi à Pantin en hommage à Christine Renon, qui s'est suicidée dans son école après avoir dénoncé dans une lettre ses conditions de travail, a constaté une journaliste de l'AFP.

En tête de cette marche silencieuse, des proches de Christine Renon et des directrices et directeurs d'école de Pantin avancent en se tenant le bras. Beaucoup portent un brassard noir.

Derrière eux, des enseignants et des parents d'élèves, certains venus avec leurs enfants. Sur une pancarte, une femme, un bouquet de roses blanches autour du cou, a inscrit: "mourir pour ses idées, mourir de trop aimer. Je suis Christine".

"Elle rigolait tout le temps, elle faisait tout le temps des blagues. Les enfants l'adoraient", témoigne auprès de l'AFP Séverine, enseignante en maternelle, qui a travaillé en binôme avec Christine Renon.

"Elle était solaire, avait une énergie débordante. Elle prenait très à cœur son métier, trop sûrement. J'aurais jamais imaginé qu'elle puisse faire un truc pareil", ajoute-t-elle.

"C'était une militante, elle était révoltée de la situation des écoles", poursuit Agnès, également enseignante en maternelle dans cette ville de Seine-Saint-Denis.

Deux mamans, en larmes, évoquent "son éternelle polaire bleue, son humour, l'attention portée à chacun, les fournitures achetées avec son propre argent".

Plusieurs responsables politiques ont aussi participé à la marche, dont l'eurodéputé EELV Yannick Jadot, venu en "hommage à toute une profession aujourd'hui en souffrance".

"Mon père était directeur d'école", dit-il à l'AFP. "A l'époque il y avait beaucoup plus de moyens, ça ne peut pas continuer comme ça".

- "L'école t'a engloutie" -

Le cortège, parti de la mairie de Pantin, est arrivé en fin de matinée à l'école maternelle Méhul, où le corps de cette femme de 58 ans a été retrouvé lundi 23 septembre au petit matin.

Juste avant de se donner la mort, la directrice avait adressé à une trentaine de ses collègues une lettre où elle détaillait "son épuisement", la solitude des directeurs, l'accumulation de tâches "chronophages", les réformes incessantes et contradictoires.

"Cette lettre, c'est comme un flambeau", glisse à des parents, Caroline Marchand, du syndicat SNUipp-FSU.

"Tu n'étais ni fragile, ni dépressive", ajoute-t-elle à la tribune, dans la cour de l'école Méhul, pleine à craquer. "Tu laisseras l'image d'une directrice engagée, tellement engagée que l'école t'a engloutie, submergée."

Une directrice dresse ensuite au micro la liste sans fin des tâches administratives, des protocoles et sigles imposés par l'Education nationale. "Le plus bel hommage que nous puissions lui rendre, c'est de continuer à nous battre pour nos élèves", dans un département qui cumule les difficultés, lance-t-elle, longuement applaudie par les manifestants.

La mort de Christine Renon a entraîné une forte mobilisation de la communauté éducative. Jeudi, près d'un quart des personnels de l'académie de Créteil, dont dépend Pantin, étaient en grève. Entre 1.100 et 3.000 personnes se sont rassemblées à Bobigny et des milliers d'autres partout en France pour réclamer des réponses politiques à ce geste désespéré.

Jeudi, le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer s'est dit "prêt" à discuter du statut des chefs d'établissements. Il a proposé la création d'"un comité de suivi" associant syndicats et professionnels pour "faire évoluer" leur statut.

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