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Partira, partira pas... Cette question récurrente autour de Nicolas Hulot

Partira, partira pas... Cette question récurrente autour de Nicolas Hulot
Nicolas Hulot sortant de l'Élysée, Paris, 6 juin 2018.Alain JOCARD

Utile ou pas utile? Rester ou partir? Les avis déferlent sur l'action de Nicolas Hulot au gouvernement, au moment où approche l'échéance estivale que le ministre s'est lui-même fixée.

Cette semaine est importante. Le Premier ministre, Edouard Philippe, présente mercredi un plan biodiversité que son ministre de l'Ecologie souhaite "ambitieux", mais à la portée encore incertaine. Vendredi, Nicolas Hulot marquera le premier anniversaire de son plan climat, que les ONG jugent "loin du compte".

Depuis sa nomination en mai 2017, la question de sa capacité à agir et à se maintenir n'a cessé de refaire surface, et faisait encore la une de la presse mardi.

"Cet été, on aura avec le président et le Premier ministre un moment de vérité", avait dit l'intéressé mi-mai, affirmant qu'il tirerait à l'été "les leçons" si "les conditions" de mise en place des politiques qu'il défend "ne sont pas remplies".

"Pour moi l'été, c'est quand on part en vacances", glisse-t-il mardi dans une interview publiée sur le site internet du Parisien. A la question de savoir quand il partira en vacances, il répond ensuite "sans doute pas avant cinq ans".

Au cours des dernières semaines il est apparu particulièrement remonté, défendant vigoureusement son bilan. Lundi soir, il était plutôt rieur lors d'un "Facebook Live" avec le Premier ministre.

"On le sent plus enjoué qu'il n'a pu l'être à certains moments", note l'ex-députée européenne Sandrine Bélier, de l'ONG Humanité et Biodiversité, espérant y voir un signe d'avancée sur les dossiers encore attendus.

- Écolos impatients -

Mais au moment où les ministres vont passer leur grand oral auprès du premier d'entre eux (jeudi matin pour Hulot), d'autres défenseurs de l'environnement retiennent les concessions faites: accord commercial avec le Canada (Ceta), autorisation de raffinerie basée sur l'huile de palme, plans qualité de l'air n'empêchant pas le renvoi devant la justice européenne...

"Il faudrait qu'il parte car il est en train d'attaquer sa propre crédibilité pour la donner à un gouvernement qui a montré son vrai visage: agressif, ultralibéral", dénonçait dans Libération Claire Nouvian, de l'ONG Bloom.

La loi agriculture et alimentation, "c'est (le ministre de l'Agriculture) Stéphane Travert qui l'a gérée", dit à l'AFP Laurent Pinatel, de la Confédération paysanne, pour qui "on a une loi qui a occupé tous les acteurs agricoles pendant un an et qui ne va pas changer grand-chose au final".

Mais "ce serait bien pire s'il n'était pas là", le défend Audrey Pulvar. "Je me pose toujours la question de savoir qui serait là s'il n'était pas là", a dit à l'AFP la présidente de la Fondation pour la nature et l'homme, l'ex-Fondation Hulot.

Parmi ses victoires, l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l'inscription annoncée de l'environnement dans la Constitution, la concrétisation de six parcs éoliens en mer...

"Sans lui, nous n'aurions pas obtenu ce qu'on a obtenu", estime aussi Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables, qui cite aussi les appels d'offres dans le solaire, les mesures pour l'éolien et la méthanisation. Mais "il faudra deux ou trois ans pour donner un jugement définitif, notamment" après la feuille de route énergétique de la France attendue prochainement.

- Soutien gouvernemental -

Hulot pointe aussi son rôle dans la décision d'interdire le glyphosate d'ici 2021, même s'il a échoué à la faire graver dans la loi. "Vous ne voyez que ce qu'il n'y a pas!", reproche-t-il aux journalistes. "Si on veut être objectif et ne pas décourager tout le monde, il faut aussi voir ce qu'il y a!"

Le gouvernement, lui, ménage son ministre. "Nicolas Hulot a toute sa place au gouvernement", a insisté mardi son porte-parole, Benjamin Griveaux, sur BFMTV.

"Son départ serait dommageable" pour le sommet de l'Etat, estime Jérôme Sainte-Marie, de PollingVox, à propos de ce ministre populaire qui permet à Emmanuel Macron d'adoucir son "image techno et d'homme des entreprises" et "de drainer de nouvelles catégories, moins urbaines, moins jeunes".

"Et avant les européennes, (perdre Nicolas Hulot) redonnerait un peu d'allant à la gauche," ajoute le spécialiste de l'opinion.

Mardi, le groupe des députés LREM lui a exprimé son soutien et 111 d'entre eux, son proche Matthieu Orphelin en tête, ont signé une tribune "L'écologie avance!"

Quant à la pétition pour "libérer" Hulot, lancée par des humoristes de France Inter, elle recueillait mardi 5.000 signataires.

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