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Passer de la rue au logement, en évitant le centre d'hébergement: "C'est possible!"

Passer de la rue au logement, en évitant le centre d'hébergement:
La tente d'un sans-abri à Paris en décembre 2017Eric FEFERBERG

"Maintenant j'ai cinq fenêtres!": Après cinq années passées dans l'ombre d'une issue de secours du périphérique parisien, Jamal, ancien sans-abri de 52 ans, a retrouvé directement un toit et évité le circuit complexe des centres d'hébergement, saturés.

Caché dans une camionnette, un entrepôt désaffecté ou une vieille fourgonnette, lui qui aime porter des foulards et des bijoux qu'il appelle ses "antiquités", a passé plus de vingt ans "sans eau courante", "sans toilettes", sans "chez-soi".

"Parfois dans mon sommeil, je me dis que c'est un rêve et que je vais me réveiller dans l'issue de secours", raconte-t-il. Là-bas, englouti dans un puits de béton, il a vécu avec les rats et la lumière allumée 24/24, dormant derrière une porte qui s'ouvrait sur le boucan des 1,1 million de véhicules qui passent chaque jour sur cette autoroute urbaine.

Désormais installé dans 23m2 dans l'est de la capitale et bénéficiant d'un accompagnement social, il vient de postuler pour un emploi en chantier d'insertion.

"Passer de la rue au logement, c'est possible !" dit Manuel Nunez, de l'association les Enfants du canal à l'origine du programme de relogement des sans-abri du périphérique parisien. "Seulement, on a pris l'habitude de répondre à l'urgence en proposant des places d'hébergement. Les travailleurs sociaux ne travaillent plus sur le logement pendant les maraudes", regrette-t-il.

"L'hébergement est un droit mais il y a d'abord le droit au logement!", rappelle-t-il.

L'association parisienne, soutenue par la Fondation Abbé Pierre (FAP) qui se porte notamment garante auprès des bailleurs qui sont des bailleurs sociaux, espère ainsi aider une vingtaine de sans-abri en un an à obtenir un logement stable.

- Viable -

Avec 149.000 places aujourd'hui sur le territoire, un effort sans précédent, le dispositif d'hébergement des sans-abri est encore saturé. Chaque nuit, des hommes, des femmes et des familles dorment dans la rue, certains renonçant après de multiples tentatives auprès des numéros d'appel d'urgence à trouver une solution, préférant se tenir l'écart et rompant avec l'aide et l'accompagnement social.

Ce constat montre l'échec du modèle du parcours "en escalier" où les personnes à la rue sont censées passer de l'hébergement d'urgence à l'hébergement d'insertion, puis au logement accompagné, avant d'arriver au logement autonome, les hébergés devant prouver leur capacité et leur autonomie croissante pour passer chaque marche, selon la FAP.

"Il faut changer de logique et proposer des solutions pérennes. Le nombre de personne à la rue n'est pas une question d'urgence mais de volontarisme politique", estime Florian Huyghe de la Fondation Abbé Pierre.

Le logement direct pour les SDF est un des axes du projet de loi logement du gouvernement Macron, attendu mercredi en Conseil des ministres, l'idée n'étant pas nouvelle mais les applications n'existant aujourd'hui qu'au stade d'expérimentations à l'initiative des associations. Le plan "Logement d'abord", qui sera inscrit dans le projet de loi, prévoit notamment la création de 40.000 logements très sociaux par an sur cinq ans.

Selon Eric Pliez, le président du Samu social de Paris qui gère le numéro d'urgence pour les sans-abri (115), "30% des personnes accueillies en centres d'hébergement peuvent prétendre au logement social".

Cette solution est également plus viable économiquement, selon Florian Huyghe, car elle raccourcit les parcours de sortie de rue. Une nuit en hébergement d'urgence coûte en moyenne 24 euros par personne, entre 17 et 80 euros à l'hôtel et 43 euros en Centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS).

Reste à convaincre les bailleurs, notamment ceux du parc privé. "Beaucoup de personnes à la rue sont solvables, certaines travaillent. Il faut sécuriser les bailleurs pour qu'ils cessent de penser qu'en louant à un ancien sans-abri, ils vont forcément être confrontés à quelqu'un qui ne va pas payer et tourner la clef dans la porte jusqu'à son expulsion", dit Manuel Nunez.

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