Patrimoine : la justice annule le chantier de déviation de Beynac, en Dordogne

Patrimoine : la justice annule le chantier de déviation de Beynac, en Dordogne
Chantier de la déviation dite de Beynac à Castelnaud-la-Chapelle, en novembre 2018THIBAUD MORITZ

La justice administrative a annulé mardi le chantier du "contournement de Beynac", village médiéval touristique de Dordogne, un projet controversé depuis des années et dont les travaux avaient été suspendus en référé en décembre par le Conseil d'Etat.

Le tribunal administratif de Bordeaux, qui n'a pas suivi l'avis du rapporteur public à l'audience fin mars, estime que le projet porté par le département de la Dordogne "ne répond pas à une raison impérative d'intérêt public présentant un caractère majeur".

Il enjoint au département "de procéder à la démolition des éléments de construction" déjà réalisés sur le chantier démarré début 2018, avec notamment la réalisation de deux piles de pont. Il enjoint également "à la remise en état des lieux".

La décision du tribunal administratif de Bordeaux est un énième rebondissement dans le dossier du contournement de Beynac, un dossier de plus de 30 ans réapparu depuis les années 2000, qui a cristallisé les oppositions de défenseur de l'environnement et du patrimoine, parmi lesquels Stéphane Bern, et des élus locaux.

Le projet de plus de 32 millions d'euros, une déviation de 3,2 km autour du village de Beynac-et-Cazenac, comprenant aussi deux ponts et un pont-rail, dans une vallée touristique parsemée de châteaux, est principalement porté par le président du département Germinal Peiro (PS).

Les partisans du projet invoquaient en priorité des arguments de circulation routière, de sécurité, de nuisances, pour le bourg de Beynac (550 habitants), quand les opposants n'y voyaient qu'un problème estival, durant la saison touristique, et dénonçaient l'impact environnemental et paysager dans la vallée de la Dordogne.

"Je suis très heureux pour les amoureux de la Dordogne", a déclaré à l'AFP Stéphane Bern. "C'était prévisible, c'était espéré pour tous les défenseurs du patrimoine, tous les défenseurs de l'écologie", a-t-il ajouté déplorant "une gabegie des deniers publics scandaleuse". "J'espère qu'au bout du compte cela va protéger cette magnifique vallée", a-t-il conclu, en référence à d'autres étapes judiciaires à venir.

"Cette décision est ubuesque. Ce chantier a démarré avec toutes les autorisations nécessaires", a réagi pour sa part Germinal Peiro, déplorant une décision "méprisante pour les élus et la population du monde rural. L'intelligentsia ne s'intéresse au monde rural que pour y passer des vacances"

Le président du département a affirmé à l'AFP que sa "volonté de poursuivre le projet est intacte. Nous prendrons toutes les mesures adaptées pour cela. Nous ferons soit appel, soit nous lancerons une nouvelle procédure de zéro".

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