Pêche en eaux troubles entre Slovénie et Croatie

Deux décennies durant, le Croate Diego Makovac a paisiblement gagné sa vie en pêchant dans la baie de Piran. Aujourd'hui, il travaille sous l'oeil de la police maritime, conséquence du différend frontalier entre son pays et la Slovénie.

"On ne peut plus travailler en paix (...) ils sont tout autour", se lamente Diego, 48 ans, en jetant ses filets sous un ciel gris, entouré de bateaux des polices slovènes et croates.

Ils sont quelques dizaines de pêcheurs croates à pêcher la sole dans cette petite baie du nord de l'Adriatique.

Ce plan d'eau d'à peine 7 km sur 5 empoisonne les relations entre ces deux membres de l'Union européenne depuis leur indépendance en 1991.

En juin, un arbitrage international a attribué plus des deux tiers de la baie de Piran à la Slovénie, qui dispose de seulement 46 km de côtes.

Mais la Croatie, qui en totalise 1.700 km, revendique la moitié de ce territoire maritime et a refusé l'arbitrage.

La situation s'est encore tendue le 30 décembre 2017, date fixée par la Cour d'arbitrage pour l'entrée en vigueur de sa décision. Mais Diego continuer de pêcher dans "(sa) moitié de la baie".

- 'C'est notre mer' -

"C'est notre mer. Nous travaillons ici depuis toujours", dit Daniele Kolec, qui dirige une association de pêcheurs croates. "Personne ne nous empêchera de pêcher ici", a-t-il martelé.

Désormais, les pêcheurs informent la police croate de chacune de leur sortie en mer, et des patrouilleurs de cette dernière les escortent.

Alors que Diego approche du centre de la baie, la police maritime slovène vient l'avertir qu'il est dans les "eaux territoriales slovènes". Le pêcheur s'attend à recevoir une amende quand il viendra le lendemain récupérer ses filets.

Les deux pays mettent désormais à l'amende les pêcheurs de leurs voisins pour "violation frontalière". Côté slovène celle-ci s'élève à 1.300 euros pour les particuliers et jusqu'à 41.000 euros pour les entreprises.

Les pêcheurs et les autorités à Zagreb, qui assurent soutenir sans réserve leurs citoyens, ont clairement fait savoir qu'ils n'avaient nullement l'intention de les payer.

Les pêcheurs slovènes sont plus prudents. Ils s'en tiennent à leur moitié de la baie pour "travailler en paix".

"Nous avons confié à une tierce partie le soin de tracer la frontière et ce qui est fait, est fait", dit Zlatko Novogradec, pêcheur de la pittoresque ville côtière slovène de Piran.

Il assure que lui et ses collègues, une armada de pêcheurs au filet bien plus petite que celle des Croates, attendront que Zagreb accepte la décision de la Cour, avant de s’aventurer dans les eaux disputées. "Tôt ou tard, cela finira par se produire car les décisions juridiques doivent être respectées", dit-il.

- Argent public -

Les poissons se fichent comme d'une guigne des frontières. Aussi Franka, 44 ans, l'épouse de Diego, souhaite-t-elle un accord pour que les professionnels des deux pays puissent travailler ensemble: "C'est notre vie, notre pain", dit-elle.

A ses yeux, les politiques sont responsables de tensions inutiles pour les citoyens des deux côtés de la frontière qui depuis toujours co-existaient paisiblement.

"Nous n'avons jamais eu de dispute", agrée Peter Nussdorfer, 56 ans, un chauffeur d'autobus de Piran.

Les pêcheurs travaillent dans d'étranges conditions, escortés par des patrouilleurs dont le nombre augmente chaque jour à l'approche de la haute saison de la pêche.

"Je suis certaine que les deux pays ont des problèmes plus importants, pour lesquels ils pourraient trouver à dépenser leur argent", ironise Franka.

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