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Pékin "discute" avec les Etats-Unis pour éviter une guerre commerciale "désastreuse"

Pékin
Manifestation de syndicalistes contre les tarifs douaniers imposés par le président américain Donald Trump sur l'acier, le 5 mars 2018 devant le consulat américain à Sao Paulo, au BrésilMiguel SCHINCARIOL
Chine

Pékin poursuivra ses discussions avec Washington afin d'éviter une guerre commerciale "désastreuse" pour le monde, a assuré dimanche le ministre chinois du Commerce Zhong Shan, tout en assurant que le géant asiatique "défendra fermement ses intérêts".

"Je peux vous dire que nous poursuivrons nos discussions (sur le commerce), les canaux de communication n'ont pas été coupés (...) car personne ne veut d'une guerre commerciale", a déclaré M. Zhong, alors que les Etats-Unis ont confirmé l'imposition de lourdes taxes sur leurs importations d'acier et d'aluminium.

"Non seulement nous discutons, mais les deux parties sont déterminées à poursuivre les discussions", a insisté le ministre, lors d'une conférence de presse.

Pour autant, "dans ce type de négociations, une seule des parties ne peut mener la danse à elle toute seule", a averti le responsable, qui s'exprimait en marge de la session plénière annuelle du parlement chinois.

Premier producteur mondial d'acier et d'aluminium, la Chine ne fournit qu'une partie (2,7% pour l'acier et 9,7% pour l'aluminium) des importations américaines dans ces secteurs, mais est critiquée pour sa colossale surproduction, largement subventionnée.

Déjà visé aux Etats-Unis par de multiples enquêtes et mesures antidumping, Pékin redoute une escalade des tensions tous azimuts qui ferait dérailler la fragile économie du globe.

"Une guerre commerciale n'aurait pas de vainqueur, elle ne pourrait être que catastrophique pour la Chine, les Etats-Unis et le reste du monde (...) La Chine ne veut pas de guerre commerciale, ni en lancer une", a déclaré le ministre.

Prêt à discuter, le géant asiatique agite néanmoins la menace de représailles: "Nous sommes en mesure de résister à n'importe quel défi et de défendre fermement les intérêts du pays et du peuple", a martelé M. Zhong.

Il n'a cependant pas précisé sur quels types de produits américains la Chine envisageait de prendre éventuellement des mesures de rétorsion.

Le régime communiste a déjà ouvert une enquête antidumping sur le sorgho des Etats-Unis et n'exclut pas de cibler le soja. L'enjeu est de taille: la Chine a acheté l'an dernier pour 14 milliards de dollars de soja américain.

La Fédération chinoise de l'acier et du fer a appelé vendredi Pékin à adopter de "fermes représailles" visant les exportations américaines d'acier inoxydable, de conduites sans soudure, mais surtout "de charbon, de produits agricoles et de biens électroniques" --ce qui pourrait pénaliser l'emploi de régions favorables à M. Trump.

- Déficit 'structurel' -

Le président américain Donald Trump a formalisé jeudi sa décision d'imposer des taxes à l'importation de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium.

Dans le même temps, il s'est montré relativement conciliant avec la Chine, évoquant à nouveau des négociations en cours pour réduire le déficit commercial de Washington envers Pékin.

Sur l'ensemble de 2017, ce déficit a atteint le niveau record de 275,8 milliards de dollars selon les douanes chinoises... mais de 375,2 milliards selon Washington.

Selon Zhong Shan, les statistiques américaines "surévaluent" l'ampleur réelle du déficit.

Le déséquilibre des échanges transpacifiques est "structurel", a-t-il estimé, rappelant que les Etats-Unis exportaient davantage de services que de biens, et que les restrictions imposées par Washington sur l'exportation de technologies jugées sensibles à la Chine contribuaient à creuser l'écart.

La Chine à l'inverse "ne cesse de s'ouvrir" aux firmes étrangères, a assuré le ministre. Washington et Bruxelles dénoncent au contraire le protectionnisme du géant asiatique et ses restrictions persistantes à l'encontre des entreprises étrangères.

Par ailleurs, le régime va continuer de serrer la vis aux acquisitions chinoises jugées "irrationnelles" à l'étranger, a insisté Zhong Shan. Les investissements chinois à l'étranger ont déjà plongé de 30% l'an dernier, reflet du durcissement de Pékin sur les achats des groupes chinois à l'international dans le sport, le divertissement et l'immobilier.

De quoi maintenir la pression sur les conglomérats privés très endettés, à l'image de Wanda ou de HNA, déjà dans le viseur des autorités de régulation.

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