En ce moment
 

Pour continuer à jouer à Bauer, le Red Star contraint à un long exil

Pour continuer à jouer à Bauer, le Red Star contraint à un long exil
Le président du club de Red Star Patrice Haddad, au stade Bauer, le 27 avril 2018, à Saint Ouen, au nord de ParisChristophe SIMON

A un point de la Ligue 2, le Red Star dispute vendredi son dernier match à Bauer avant de retrouver son stade entièrement rénové d'ici à 2023. L'ambition de jouer dans la cour des grands met toutefois ce club de foot populaire au défi de garder son âme, sans sacrifier au "foot business".

"Le Red Star/Uniquement à Bauer/C'est le gardien de notre histoire/Il est gravé dans nos coeurs": ce chant, qui témoigne de la relation fusionnelle entre le club à l'étoile rouge cerclée de vert et le stade municipal de la rue du Dr Bauer, prendra une résonance particulière vendredi soir.

Car si la formation de Saint-Ouen remonte comme prévu en Ligue 2 à l'issue de sa rencontre avec Lyon-Duchère, il devra de nouveau s'exiler, le stade situé à Saint-Ouen, aux portes de Paris, étant trop vétuste pour accueillir une équipe de Ligue 2.

"La différence, c'est qu'il y a trois ans, on n'avait pas de projet, alors que cette fois on part pour mieux revenir", explique à l'AFP Patrice Haddad, le président du club fondé en 1897 par Jules Rimet, l'inventeur de la Coupe du monde de football.

Construit en 1909, le Stade Bauer n'a pas été rénové depuis 1974. Et tous les projets d'aménagement sont restés lettre morte, depuis celui de faire du Red Star le club résident du Stade de France jusqu'à celui de construire une nouvelle enceinte dans le quartier voisin des Docks.

De relégation en relégation, le club se retrouve à végéter en sixième division. A la tête de Première Heure, le publicitaire Patrice Haddad le "récupère à la barre" en 2008, avec l'ambition de le "re-professionnaliser". Après la Ligue 2, il vise l'élite de la Ligue 1 en 2024.

-"à l'anglaise"-

Pour cela, l'équipe a besoin d'un équipement digne de ce nom. Début avril, le maire DVD de la ville, William Delannoy, le Collectif Red Star Bauer, ardent défenseur de la rénovation, et Patrice Haddad, finissent par tomber d'accord: le Red Star restera à Bauer, qui sera détruit, puis reconstruit.

Inspirée du stade suisse de Neuchâtel, la future enceinte de 12.000 places, qui devra se fondre dans le cadre urbain, sera financée par des investisseurs privés, pour un coût estimé à 40 millions d'euros. En contrepartie, des boutiques seront installées sous les tribunes. Au risque de faire tiquer le Kop.

Le choix du privé, argumente Haddad, c'est le prix à payer pour que le Red Star reste un "club de quartier", "à l'anglaise", et accessible, avec des billets allant de 7 à 15 euros. Car si le club ambitionne d'être le deuxième de la capitale, pas question de "tomber dans le foot business" à l'image de ce PSG qui s'est offert Neymar avec les pétrodollars du Qatar.

Un autre écueil guette le club, pour ses vigies : la "gentrification".

-"banlieue rouge"-

Depuis 2010, il y a une "transformation du peuplement de la tribune", avec l'arrivée notamment de "supporters de la tribune Auteuil", chassés par le plan Leproux de pacification du Parc des Princes, note le sociologue Nicolas Maisetti, par ailleurs fervent supporter du club audonien. Rejoints par "d'autres qui trouvaient dans l'+expérience Bauer+ quelque chose de différent par rapport aux autres stades : une mixité de genre, aucune insulte homophobe, des valeurs de gauche".

"Banlieue rouge", "Bauer Antifa" ou "flics, arbitres ou militaires, qu'est-ce qu'on ferait pas pour un salaire?" : dans la tribune Rino Della Negra, du nom d'un joueur résistant, fusillé par les nazis, les slogans illustrent la sensibilité libertaire d'une partie du Kop, qui cultive la mémoire communiste et résistante du lieu.

Le stade se fait aussi l'écho des luttes sociales du moment : "refugees welcome", pouvait-on lire l'an passé sur une banderole tandis qu'en avril, "un cheminot a pris la parole à la mi-temps pour expliquer la mobilisation" contre la réforme du statut de la SNCF, selon Nicolas Maisetti.

A l'automne 2017, un texte distribué lors d'un match mettait cependant en garde contre "toute récupération lucrative" de la "culture populaire et solidaire" du club. Il était titré: "we are not hype, we are pride".

Vos commentaires