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Pour les élections en Inde, la voiture blindée est de sortie

Les élections en Inde sont une aubaine pour Sanchit Sobti. À l'approche des législatives dans ce pays à la longue tradition de violence politique, les commandes affluent pour ce directeur d'une entreprise de blindage de voitures au Pendjab.

Premiers ministres assassinés, convois politiques pris en embuscade, membres de partis agressés: la violence est endémique dans l'histoire politique indienne. À l'occasion du scrutin de ce printemps, pour lequel 900 millions d'électeurs sont appelés à choisir leurs députés, certains candidats ne veulent donc prendre aucun risque.

Ces législatives, qui se dérouleront en plusieurs phases du 11 avril au 19 mai, "c'est la plus grande de toutes les élections", dit Sanchit Sobti, tandis que des étincelles jaillissent des outils de ses mécaniciens.

"Comme tous les gros événements, cela entraîne des risques plus importants et les responsables veulent s'assurer qu'ils sont en sécurité. Nous travaillons sur des commandes depuis des mois."

Dans son garage du nord de ce pays de 1,25 milliard d'habitants, ses employés soudent, installent des plaques de métal sur les portières, fixent des pare-brise résistant aux balles. A chaque saison électorale, la même frénésie revient.

Les demandes de voitures blindées ne viennent pas que de candidats, mais aussi de cadres de partis, explique Sanchit Sobti. Son père avait lancé cette société de blindage de voitures pour responsables politiques et autres VIP dans les années 1980, dans un Pendjab alors en proie à une insurrection séparatiste armée.

Contactées par l'AFP, sept autres entreprises de blindage de véhicules du Pendjab, d'Harayana (nord) et du Maharashtra (ouest) ont elle aussi fait état d'une augmentation de leur carnet de commandes pour les élections.

Le marché pour de telles voitures en Inde génère environ 150 millions de dollars par an et connaît une croissance à deux chiffres, selon des responsables du secteur. Des entreprises comme Mahindra & Mahindra et Tata Motors vendent aussi une petite gamme de voitures déjà blindées à usage civil.

Les coûts de renforcement d'une voiture privée peuvent être considérables, allant de 7.000 dollars à dix fois plus.

Plusieurs semaines peuvent être nécessaires à équiper un véhicule de verre pare-balles importé et de plaques de métal suffisamment épaisses pour arrêter des éclats de grenade ou des tirs. Mais pour beaucoup de ses clients, l'intégrité physique n'a pas de prix.

"Le succès et la jalousie vont de pair", explique sous couvert d'anonymat un législateur du Pendjab qui a fait blinder son 4x4 l'année dernière. "Vous ne pouvez même pas faire confiance à vos amis, sans parler de vos ennemis. Je ne peux pas faire de compromis sur ma sécurité."

- Assassinats -

Au cours de l'année 2016, plus de 100 responsables politiques ou employés de partis ont été assassinés en Inde, selon les dernières statistiques officielles disponibles. La violence s'intensifie traditionnellement à l'approche des échéances électorales, où des centaines de formations politiques et des milliers de candidats entrent en compétition frontale.

La situation est pire dans au moins neuf États du géants d'Asie du Sud confrontés à des rébellions armées, du Cachemire montagneux au nord jusqu'aux jungles du centre du pays. En 2013, une embuscade de la guérilla maoïste dans l'État pauvre du Chhattisgarh (centre) contre un convoi du parti du Congrès avait fait près de 25 morts.

Même dans les régions sans insurrection, les rivalités entre concurrents peuvent tourner au bain de sang. Le mois dernier, un législateur régional du Bengale occidental (est) a été abattu par des hommes armés non identifiés.

Au cours des trois dernières années, plus d'une vingtaine de figures politiques de partis opposés ont aussi été tuées au Kerala, État du sud de l'Inde et l'un des plus développés du pays.

Lors des dernières élections législatives en 2014, qui ont vu arriver au pouvoir les nationalistes hindous de Narendra Modi, une vingtaine de parlementaires élus étaient par ailleurs inculpés de tentative de meurtre ou meurtre.

Pour ce vote titanesque, duquel le Premier ministre Modi espère décrocher un deuxième mandat, la sécurité est une nouvelle fois une inquiétude majeure. Dans les zones à risques, les candidats sont escortés par les forces de l'ordre.

Ancien chef de la police de Delhi, Maxwell Pereira estime toutefois que l'écrasante majorité du personnel politique n'a jamais été en danger, et qu'il relève de la responsabilité de l'État d'assurer la protection de ceux qui le sont.

"Seule la police devrait décider lorsqu'ils ont besoin d'une protection personnelle ou de voitures blindées, après avoir évalué s'il y a une menace crédible", déclare-t-il à l'AFP.

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