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Powell et la Fed déterminés à faire "tout ce qu'il faut" contre l'inflation

Powell et la Fed déterminés à faire
Le président de la banque centrale américaine Jerome Powell, à Washington le 21 mars 2018 ALEX WONG

Le président de la banque centrale américaine Jerome Powell a affirmé vendredi que la Fed "ferait tout ce qui est en son pouvoir" pour réagir à une éventuelle hausse de l'inflation ou à une crise.

Le patron de la Fed, critiqué par le président Donald Trump pour la montée des taux d'intérêt, a assuré que le Comité monétaire de l'institut d'émission prendrait ses responsabilités si l'inflation devait grimper, tout en indiquant que, pour l'instant, l'économie n'était pas en surchauffe.

Dans un discours très académique à la conférence de Jackson Hole, au pied du majestueux Grand Teton dans le Wyoming, M. Powell s'est par ailleurs abstenu de répondre plus avant aux critiques du président Trump ou d'évoquer la politique commerciale des tarifs douaniers comme un risque pour l'économie.

Cette semaine, Donald Trump, rompant avec la tradition de respect de l'indépendance de la banque centrale, a redit son mécontentement de la politique monétaire qui a lentement remonté les taux par deux fois cette année et entend le faire encore deux fois d'ici la fin de l'année. Ils se situent actuellement entre 1,75% et 2%.

Il s'est dit "pas emballé" par Jerome Powell, un avocat de la finance de 65 ans qu'il a choisi lui-même pour remplacer Janet Yellen à la tête de la Réserve fédérale en février.

En rehaussant les taux, la Fed dope le dollar, qui rend les exportations américaines plus chères, ce qui va à l'encontre des objectifs de la bataille commerciale lancée par Donald Trump.

Les taux au jour le jour plus hauts signifient aussi des crédits à la consommation et immobiliers plus chers, ce qui est impopulaire auprès des consommateurs américains, qui seront appelés aux urnes des novembre pour les élections de mi-mandat.

Dans son discours très prudent, Jerome Powell a réitéré son soutien "à la trajectoire actuelle d'une hausse graduelle des taux". La prochaine réunion monétaire de la banque centrale est programmée les 25 et 26 septembre.

Cela fait dire à Joel Naroff, économiste indépendant, qu'il "faudra un ralentissement significatif de l’économie pour que la Fed ralentisse ou arrête ses hausses de taux".

- "Bonne nouvelle" -

Le président de la banque centrale a décrit une économie "forte" avec une inflation autour "de la cible de 2%" que la Fed estime favorable à l'économie et "où les gens qui veulent travailler trouvent un emploi".

Bien que la croissance ait grimpé à 4,1% au 2e trimestre et que le taux de chômage soit à 3,9%, proche de son plus bas niveau "en 20 ans", l'économie ne "présente pas de risque élevé de surchauffe".

Et "c'est une bonne nouvelle", a dit M. Powell désamorçant les craintes que la relance budgétaire grâce aux réductions d'impôts et augmentations des dépenses ne provoque un sur-régime qui ferait resurgir l'inflation.

Devant un parterre d'économistes et de banquiers centraux réunis pour cette conférence annuelle dans la station de ski huppée du Wyoming, M. Powell a fait de longues digressions historiques sur la conduite passée de la politique monétaire et en a retenu quelques leçons qu'il a partagées.

Il a ainsi défendu les bienfaits d'une approche plus opportuniste, empruntée à son illustre prédécesseur Alan Greenspan, qui consiste à "attendre encore le prochain meeting". Peut-être une façon de laisser entendre que le Comité monétaire (FOMC) saura adapter son attitude face aux données économiques à court terme.

Le patron de la Fed a par ailleurs reconnu une nouvelle fois que les salaires n'avaient "augmenté que très lentement au cours des dernières décennies".

Il est resté muet sur l'impact négatif potentiellement important que peut avoir une escalade des tarifs douaniers notamment avec la Chine, une crainte de plus en plus palpable parmi les industriels et entrepreneurs américains.

Mais il a appelé à réduire le déficit budgétaire, une nécessité "qui devient de plus en plus importante", alors que les réductions d'impôts aux entreprises et les hausses de dépenses dans l'armement notamment vont creuser le déficit fédéral des Etats-Unis à plus de 800 milliards de dollars cette année, soit 4,2% du PIB.

"J'ai été un peu surpris qu'il ait laissé de côté les tensions commerciales, la question explicite de l'indépendance de la Fed et même une discussion plus détaillée sur de la dynamique de l'inflation et ou de la croissance des salaires", a affirmé à l'AFP Gregory Daco, responsable d'Oxford Economics. Il a toutefois souligné que les références dans le discours "aux années 70" reflètent "implicitement l'importance d'une Fed indépendante".

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