Procès de la maltraitance animale à l'abattoir de Mauléon

Procès de la maltraitance animale à l'abattoir de Mauléon
L'abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques), le 29 mars 2016GAIZKA IROZ
alimentation

Animaux mal étourdis, moutons saignés encore conscients, voire agneau écartelé vivant: le procès des mauvais traitements infligés à des animaux à l'abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques), révélés par des vidéos de l'association L214, s'ouvre lundi pour deux jours à Pau.

Trois salariés de l'abattoir, de même que l'établissement en tant que personne morale, sont jugés pour "mauvais traitements infligés sans nécessité à un animal domestique", une infraction équivalente aux yeux de la loi à un simple excès de vitesse et pour laquelle la peine encourue est une contravention de 4e classe (750 euros au plus).

L'abattoir intercommunal et son ancien directeur devront également répondre de "tromperie sur la nature, la qualité, l’origine ou la quantité d'une marchandise", un délit cette fois-ci passible de deux ans de prison et 300.000 euros d'amende qui leur vaut de comparaître devant le tribunal correctionnel de Pau.

Tous les prévenus, ainsi qu'un quatrième employé, sont également poursuivis pour divers manquements aux règles de l'abattage (absence de précaution ou d'étourdissement préalable, saignée tardive, etc.).

L'abattoir de Mauléon traite 30.000 tonnes de viande par an et emploie 35 salariés. Son agrément sanitaire avait été suspendu pendant deux mois après les révélations par l'association L214, le 29 mars 2016, des maltraitances sur des animaux.

Les images choc diffusées sur le site internet de L214 avaient poussé le ministre de l'Agriculture de l'époque, Stéphane Le Foll, à donner des "inspections spécifiques sur la protection animale dans l'ensemble des abattoirs" de France.

L214, qui tire son nom de l'article du code rural désignant pour la première fois les animaux comme des "êtres sensibles", milite non seulement pour les protection des animaux mais aussi pour l'abolition de la consommation de viande et de tout usage de substance d'origine animale.

- Le Vigan déjà condamné -

Avant les vidéos prises à Mauléon, l'association s'était déjà illustrée en révélant des faits similaires dans les abattoirs d'Alès et du Vigan (Gard). Un ex-employé de l'abattoir du Vigan a d'ailleurs été condamné en avril 2017 à huit mois de prison avec sursis pour actes de cruauté et mauvais traitements sur des animaux.

Autant de scandales qui avaient abouti à la création, le 10 mai 2016, d'une commission d'enquête parlementaire "sur les conditions d'abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français".

Cette commission avait préconisé 65 mesures, parmi lesquelles l'installation obligatoire de vidéo surveillance, la présence permanente de vétérinaires dans les gros abattoirs, un renforcement de la formation des employés, etc.

Le procès s'ouvre alors que l'examen en seconde lecture de la future Loi agriculture et alimentation a démarré mercredi à l'Assemblée nationale. Le projet de loi prévoit notamment des sanctions en cas de maltraitance animale dans les abattoirs et dans les transports d'animaux, ainsi que la création d'un poste de responsable de la protection animale dans chaque abattoir.

Au total, onze associations de défense des animaux, dont L214, la SPA ou la Fondation Brigitte Bardot, sont parties civiles au procès de Pau.

Ces images, tournées à Mauléon en caméra cachée environ deux semaines avant Pâques, période d’activité intensive dans les abattoirs, "ont été captées et diffusées pour rendre visible un système violent qui met à mort 3 millions d'animaux par jour en France", affirme Brigitte Gothière, porte-parole de L214.

"Elles ont aussi montré que la réglementation dans les abattoirs ne sert qu'à rassurer les consommateurs. Elle n'y est même pas appliquée (...) Ce procès sera l’occasion de faire reconnaître la responsabilité de l'abattoir et de mettre en lumière l'inaction de l'État et des services vétérinaires", assure-t-elle.

"Le procès est aussi celui d’un choix de société", estime pour sa part Me Antoine Tugas, défenseur de trois des quatre salariés. "Au-delà de la défense des employés, il faut se poser la question de savoir si la consommation de viande, devenue aujourd'hui industrielle, est intrinsèquement compatible avec le bien-être animal".

"Faut-il considérer que c’est la main de l’homme qui produit cette souffrance à l’animal ou ce process industriel ?", interroge l'avocat.

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